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Klassenkampf in Frankreich
Karl Marx
(1850)

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Les luttes de classes en France Las luchas de clases en Francia de 1848 a 1850
De juin 1848 au 13 juin 1849II. El 13 de Junio de 1849
Le 25 février 1848, octroya la République à la France, le 25 juin lui imposa la révolution. Et après Juin révolution voulait dire : subversion de la société bourgeoise, alors que, avant Février, cela avait signifié : subversion de la forme de l'État.

Le combat de Juin avait été dirigé par la fraction républicaine de la bourgeoisie, avec la victoire lui revint nécessairement le pouvoir de l'État. L'état de siège mettait sans résistance Paris à ses pieds, et dans les provinces régnait un état de siège moral, l'arrogance de la victoire pleine de brutalité menaçante chez les bourgeois et l'amour fanatique de la propriété déchaîné chez les paysans. Donc aucun danger d'en bas !

En même temps que le pouvoir révolutionnaire des ouvriers, s'écroula l'influence politique des républicains démocrates, c'est-à-dire des républicains au sens petit-bourgeois, représentés dans la Commission exécutive par Ledru-Rollin, dans l'Assemblée nationale constituante par le parti de la Montagne [22], dans la presse par La Réforme.

De concert avec les républicains bourgeois, ils avaient, le 16 avril, conspiré contre le prolétariat, dans les journées de Juin, ils avaient combattu ensemble. Ce faisant, ils détruisaient eux-mêmes l'arrière-plan sur lequel leur parti se dessinait comme une puissance, car la petite bourgeoisie ne peut garder une position révolutionnaire face à la bourgeoisie que quand le prolétariat est derrière elle. Ils furent remerciés. Le semblant d'alliance, conclue avec eux à contre cœur de façon dissimulée, pendant l'époque du Gouvernement provisoire et de la Commission exécutive fut rompue publiquement par les républicains bourgeois.

Dédaignés et repoussés en tant qu'alliés, ils descendirent au rang inférieur de satellites des républicains tricolores auxquels ils ne pouvaient arracher aucune concession, mais dont ils étaient obligés de soutenir la domination toutes les fois que celles-ci, et avec elle la République, semblait mise en question par les fractions antirépublicaines de la bourgeoisie. Ces fractions, enfin, les orléanistes et les légitimistes, se trouvèrent, dès le début, en minorité dans l'Assemblée nationale constituante. Avant les journées de Juin, elles n'osaient réagir elles-mêmes que sous le masque du républicanisme bourgeois. La victoire de Juin fit pour un instant saluer par toute la France bourgeoise Cavaignac comme son sauveur, et lorsque, peu de temps après les journées de Juin, le parti antirépublicain reprit son indépendance, la dictature militaire et l'état de siège à Paris ne lui permirent de sortir ses cornes que très timidement et avec beaucoup de prudence [23].

Depuis 1830, la fraction des républicains bourgeois s'était groupée dans la personne de ses écrivains, de ses porte-parole, de ses « capacités », de ses ambitions, de ses députés, généraux, banquiers et avocats autour d'un journal parisien, le National. Celui-ci avait des éditions en province. La coterie du National, c'était la dynastie de la République tricolore. Elle s'empara aussitôt de toutes les dignités publiques, des ministères, de la préfecture de police, de la direction des postes, des places de préfets, des grades les plus élevés devenus vacants dans l'armée. A la tête du pouvoir exécutif se trouvait son général, Cavaignac. Son rédacteur en chef, Marrast, devint le président permanent de l'Assemblée nationale constituante. En même temps, dans ses salons, comme maître de cérémonie, il faisait les honneurs de la République honnête.

Même des écrivains français révolutionnaires ont, par une sorte de pudeur à l'égard de la tradition républicaine, accrédité l'erreur que les royalistes avaient dominé dans l'Assemblée nationale constituante. Depuis les journées de Juin, l'Assemblée constituante resta au contraire la représentation exclusive du républicanisme bourgeois, et ce côté s'affirma de plus en plus résolument au fur et à mesure que s'effondrait l'influence des républicains tricolores en dehors de l'Assemblée. S'agissait-il de défendre la forme de la République bourgeoise, ils disposaient des voix des républicains démocrates, s'agissait-il de son contenu, leur façon de parler même ne les distinguait plus des fractions bourgeoises royalistes, car ce sont précisément les intérêts de la bourgeoisie, les conditions matérielles de sa domination et de son exploitation de classe qui forment le contenu de la République bourgeoise.

Ce n'était donc pas le royalisme, c'était le républicanisme bourgeois qui se réalisait dans la vie et dans les actes de cette Assemblée constituante qui finit, non pas par mourir ni par être tuée, mais par tomber en pourriture.

Pendant toute la durée de sa domination, alors qu'elle jouait sur le devant de la scène la pièce principale pleine de faste (Haupt-und Staats-aktion), on représentait à l'arrière-plan un holocauste ininterrompu - les condamnations continuelles, selon la loi martiale, des insurgés de Juin faits prisonniers ou leur déportation sans jugement. L'Assemblée constituante eut le tact d'avouer que dans les insurgés de Juin, ce n'étaient pas des criminels qu'elle jugeait, mais des ennemis qu'elle écrasait.

Le premier acte de l'Assemblée nationale constituante fut la constitution d'une commission d'enquête sur les événements de juin et du 15 mai et sur la participation des chefs des Partis socialiste et démocrate à ces journées. L'enquête était directement dirigée contre Louis Blanc, Ledru-Rollin et Caussidière. Les républicains bourgeois brûlaient d'impatience de se débarrasser de ces rivaux. Ils ne pouvaient confier l'exécution de leurs rancunes à plus qualifié que M. Odilon Barrot, l'ancien chef de l'opposition dynastique, le libéralisme fait homme, la « nullité grave », la platitude foncière qui, n'avait pas seulement une dynastie à venger, mais à exiger même des comptes des révolutionnaires pour une présidence de ministère qu'ils lui avaient fait avorter, garantie certaine de son implacabilité. C'est ce Barrot donc qui fut nommé président de la commission d'enquête, et il construisit de toutes pièces contre la révolution de Février un procès complet qui se résume ainsi : 17 mars, manifestation; 16 avril, complot; 15 mai, attentat; 23 juin, guerre civile ! Pourquoi n'étendit-il pas ses recherches savantes et criminalistes jusqu'au 24 février ? Le Journal des débats [24] répondit : le 24 février, c'est la fondation de Rome. L'origine des États se perd dans un mythe auquel on doit croire et qu'on ne doit pas discuter. Louis Blanc et Caussidière furent livrés aux tribunaux. L'Assemblée nationale acheva l'œuvre de sa propre épuration qu'elle avait commencée le 15 mai.

Le projet d'imposition du capital conçu par le Gouvernement provisoire et repris par Goudchaux - sous la forme d'un impôt hypothécaire - fut rejeté par l'Assemblée constituante; la loi qui limitait à dix heures le temps de travail fut abrogée, la prison pour dettes rétablie; la majeure partie de la population française, celle qui ne savait ni lire, ni écrire, écartée de l'admission au jury. Pourquoi pas aussi du droit de vote ? Le cautionnement des journaux fut rétabli, le droit d'association restreint.

Mais dans sa hâte à restituer aux anciens rapports bourgeois leurs anciennes garanties et à faire disparaître toutes les traces laissées par les flots révolutionnaires, les républicains bourgeois se heurtèrent à une résistance dont la menace constituait un danger inattendu.

Dans les journées de Juin, personne n'avait lutté plus fanatiquement pour la sauvegarde de la propriété et le rétablissement du crédit que les petits bourgeois parisiens, cafetiers, restaurateurs, marchands de vin, petits commerçants, boutiquiers, artisans, etc. Rassemblant toutes ses forces, la boutique avait marché contre la barricade pour rétablir la circulation qui mène de la rue à la boutique. Mais derrière la barricade, il y avait les clients et les débiteurs, devant elle les créanciers de la boutique. Et quand les barricades furent renversées et les ouvriers écrasés, quand les gardiens des magasins, dans l'ivresse de la victoire, se précipitèrent à nouveau vers leurs boutiques, ils en trouvèrent l'entrée barricadée par un sauveur de la propriété, un agent officiel du crédit qui leur présentait ses lettres comminatoires : traite échue, terme échu, billet échu, boutique déchue, boutiquier déchu !

Sauvegarde de la propriété ! Mais la maison qu'ils habitaient n'était pas leur propriété, le magasin qu'ils gardaient n'était pas leur propriété, les marchandises qu'ils vendaient n'étaient pas leur propriété. Ni leur commerce, ni l'assiette dans laquelle ils mangeaient, ni le lit où ils dormaient ne leur appartenaient encore. C'était justement face à eux qu'il s'agissait de sauver cette propriété au profit du propriétaire qui avait loué la maison, du banquier qui avait escompté la traite, du capitaliste qui avait fait les avances au comptant, du fabricant qui avait confié à ces boutiquiers les marchandises pour les vendre, du gros commerçant qui avait fait à ces artisans crédit des matières premières. Rétablissement du crédit ! Mais, une fois consolidé, le crédit s'affirma un dieu actif et plein de zèle, précisément en jetant hors de ses quatre murs le débiteur insolvable avec sa femme et ses enfants, en livrant son prétendu avoir au capital et en le jetant lui-même dans la prison pour dettes qui s'était dressée à nouveau menaçante sur les cadavres des insurgés de Juin.

Les petits bourgeois reconnurent avec effroi qu'ils s'étaient livrés sans résistance aux mains de leurs créanciers en battant les ouvriers. Leur banqueroute, qui se traînait chroniquement depuis Février et en apparence ignorée, fut déclarée publique après Juin.

On ne leur avait laissé tranquille leur propriété nominale que le temps de les jeter sur le champ de bataille au nom de la propriété. Maintenant qu'on avait réglé la grande affaire avec le prolétariat, on pouvait régler également à son tour le petit compte avec l'épicier. A Paris, la masse des valeurs en souffrance montait à plus de 21 millions de francs; dans les provinces, à plus de 11 millions. Les propriétaires de plus de 7 000 maisons d'affaires parisiennes n'avaient pas payé leur loyer depuis Février.

Si l'Assemblée nationale avait fait une enquête sur la dette politique en remontant jusqu'à Février, les petits bourgeois demandaient maintenant de leur côté une enquête sur les dettes civiles jusqu'au 24 février. Ils se rassemblèrent en masse dans le hall de la Bourse et pour chaque commerçant pouvant prouver qu'il n'avait fait faillite que par suite de l'arrêt des affaires provoqué par la révolution et que son commerce marchait bien le 24 février, ils demandèrent avec des menaces une prorogation de ses échéances par un jugement du tribunal de commerce et l'obligation pour le créancier de liquider sa créance à raison d'un pourcentage modéré. Cette question vint en discussion à l’Assemblée nationale comme proposition de loi et sous la forme de concordats à l'amiable. L'Assemblée hésitait, mais voilà qu'elle apprit soudain que, dans le même moment, à la porte Saint-Denis, des milliers de femmes et d'enfants des insurgés préparaient une pétition en faveur de l'amnistie.

En face du spectre ressuscité de Juin, les petits bourgeois tremblèrent et l'Assemblée retrouva son implacabilité. Les concordats à l'amiable entre le créancier et le débiteur furent rejetés dans leurs points essentiels.

Alors, que, au sein de l'Assemblée nationale depuis longtemps, les représentants démocratiques des petits bourgeois étaient repoussés par les représentants républicains de la bourgeoisie, cette rupture parlementaire prit son sens économique réel bourgeois par le fait que les petits bourgeois débiteurs furent livrés aux bourgeois créanciers. Une grande partie des premiers furent complètement ruinés, quant au reste, ils ne furent autorisés à continuer leur commerce qu'à des conditions qui en faisaient des serfs à la merci du capital. Le 22 août 1848, l'Assemblée nationale rejetait les concordats à l'amiable, le 19 septembre 1848, en plein état de siège, le prince Louis Bonaparte, et le détenu de Vincennes, le communiste Raspail, étaient élus représentants de Paris. Quant à la bourgeoisie, elle élit le changeur juif et orléaniste Fould. Ainsi, de tous côtés à la fois, il y avait déclaration de guerre publique à l'Assemblée nationale constituante, au républicanisme bourgeois, à Cavaignac.

Il n'est pas besoin d'expliquer longuement que la banqueroute en masse des petits bourgeois parisiens eut des répercussions qui s'étendirent bien au delà du cercle de ceux qui en furent frappés directement, et qu'elle dut nécessairement ébranler à nouveau le trafic bourgeois, en même temps que le déficit public se creusait encore une fois à la suite des frais occasionnes par l'insurrection de Juin et du fait que les recettes de I'État baissaient constamment par suite de la production arrêtée, de la consommation réduite et de l'importation restreinte. Cavaignac et l'Assemblée nationale ne pouvaient recourir à d'autre moyen qu'à un nouvel emprunt qui les mettait encore plus profondément sous le joug de l'aristocratie financière.

Si les petits bourgeois avaient récolté comme fruits de la victoire de Juin la banqueroute, et la liquidation judiciaire, par contre, les janissaires de Cavaignac, les gardes mobiles, trouvèrent leur récompense dans les doux bras des lorettes, et les « jeunes sauveurs de la société » reçurent des hommages de toute sorte dans les salons de Marrast, gentilhomme des tricolores qui jouait tout à la fois à l'amphitryon et au troubadour de la République honnête. Cependant, ces préférences de la société pour les gardes mobiles et leur solde incomparablement plus élevée, exaspéraient l'armée, en même temps que s'épanouissaient toutes les illusions nationales au moyen desquelles le républicanisme bourgeois par son journal Le National avait su capter sous Louis-Philippe une partie de l'armée et de la classe paysanne. Le rôle de médiateur que jouèrent Cavaignac et l'Assemblée nationale dans l'Italie du Nord pour livrer celle-ci à l'Autriche d'accord avec l'Angleterre, - cette seule journée de pouvoir anéantit dix-huit années d'opposition, du National. Pas de gouvernement moins national que celui du National, pas de gouvernement qui dépendit davantage de l'Angleterre, alors que sous Louis-Philippe il vivait de la paraphrase journalière de la devise de Caton : Carthaginem esse delendam [25] : pas de plus servile à l'égard de la Sainte-Alliance alors que par un Guizot il avait demandé qu'on déchirât les traités de Vienne [26]. L'ironie de l'histoire fit de Bastide, l'ex-rédacteur de la politique étrangère du National, le ministre des Affaires étrangères de la France, afin qu'il démente chacun de ses articles par chacune de ses dépêches.

Un instant, l'armée et la classe paysanne avaient cru que la dictature militaire mettait en même temps à l'ordre du jour de la France la guerre avec l'étranger et la « gloire ». Mais Cavaignac, ce n'était pas la dictature du sabre sur la société bourgeoise, c'était la dictature de la bourgeoisie par le sabre. Et du soldat il ne lui fallait encore pour l'instant que le gendarme. Cavaignac cachait sous les traits sévères de la résignation antirépublicaine la plate servilité aux conditions humiliantes de sa fonction bourgeoise. L'argent n'a pas de maître ! Comme, en général, l'Assemblée constituante, il idéalisait cette ancienne devise du tiers état en la transposant dans le langage politique : la bourgeoisie n'a pas de roi, la vraie forme de sa domination est la République.

Élaborer cette forme, faire une Constitution républicaine, voilà en quoi consista le « grand œuvre organique » de l'Assemblée nationale constituante. Débaptiser le calendrier chrétien pour en faire un calendrier républicain, remplacer saint Bartholomé par saint Robespierre ne change pas plus le temps ou le vent que cette Constitution ne modifiait ou ne devait modifier la société bourgeoise. Quand elle alla au delà d'un changement de costume, ce fut pour prendre acte de faits existants. C'est ainsi qu'elle enregistra solennellement le fait de la République, le fait du suffrage universel, le fait d'une seule assemblée nationale souveraine à la place des deux Chambres constitutionnelles à pouvoirs limités. C'est ainsi qu'elle enregistra et régularisa le fait de la dictature de Cavaignac en remplaçant la royauté héréditaire établie, irresponsable, par une royauté élective, ambulante, responsable, par une présidence de quatre années. C'est ainsi qu'elle alla jusqu'à ériger en loi constitutionnelle le fait des pouvoirs extraordinaires, dont l'Assemblée nationale avait par précaution prémuni son président, après les horreurs du 15 mai et du 25 juin, dans l'intérêt de sa propre sécurité. Le reste de la Constitution fut affaire de terminologie. On arracha aux rouages de l'ancienne monarchie les étiquettes royalistes et on y colla des étiquettes républicaines. Marrast, l'ancien rédacteur en chef du National, devenu désormais rédacteur en chef de la Constitution, s'acquitta, non sans talent, de cette tâche académique.

L'Assemblée constituante ressemblait à ce fonctionnaire chilien qui voulait consolider les rapports de la propriété foncière par la régularisation du cadastre au moment même où le tonnerre souterrain avait déjà annoncé l'éruption volcanique qui devait projeter au loin le sol même sous ses pieds. Tandis qu'en théorie, elle délimitait au compas les formes dans lesquelles s'exprimait républicainement la domination de la bourgeoisie, elle ne se maintenait en réalité que par l'abolition de toutes les formules, par la force sans phrase, par l'état de siège. Deux jours avant de commencer son œuvre constitutionnelle, elle proclama sa prolongation. Auparavant, on faisait et adoptait des Constitutions dès que le processus du bouleversement social était parvenu à un point de repos, dès que les rapports nouvellement formés entre les classes s'étaient affermis, dès que les fractions rivales de la classe au pouvoir avaient recours à un compromis qui leur permettait de continuer la lutte entre elles en même temps que d'en exclure la masse du peuple épuisée. Cette Constitution, par contre, ne sanctionnait aucune révolution sociale. Elle sanctionnait la victoire momentanée de l'ancienne société sur la révolution.

Dans le premier projet de Constitution, rédigé avant les journées de Juin, se trouvaient encore le « droit au travail » première formule maladroite où se résument les exigences révolutionnaires du prolétariat. On le transforma en droit à l'assistance, or, quel est l'État moderne qui ne nourrit pas d'une façon ou de l'autre ses indigents ! Le droit au travail est au sens bourgeois un contresens, un désir vain, pitoyable, mais derrière le droit au travail, il y a le pouvoir sur le capital, derrière le pouvoir sur le capital l'appropriation des moyens de production, leur subordination à la classe ouvrière associée, c'est-à-dire la suppression du salariat, du capital et de leurs rapports réciproques. Derrière le « droit au travail », il y avait l'insurrection de Juin. Cette Assemblée constituante qui, en fait, mettait le prolétariat révolutionnaire hors la loi , force lui était de rejeter par principe une formule de la Constitution, la loi des lois, de jeter son anathème sur le « droit au travail ».

Elle n'en demeura pas là. De même que Platon bannissait de sa République les poètes [27], elle bannit pour l'éternité de la sienne l'impôt progressif. Or, l'impôt progressif n'est pas seulement une mesure bourgeoise réalisable au sein des rapports de production existants à une échelle plus ou moins grande; c'était encore l'unique moyen d'attacher les couches moyennes de la société bourgeoise à la République « honnête », de réduire la dette publique et de mettre en échec la majorité antirépublicaine de la bourgeoisie.

A l'occasion des concordats à l'amiable, les républicains tricolores avaient réellement sacrifié la petite bourgeoisie à la grande. Ils élevèrent ce fait isolé à la hauteur d'un principe par l'interdiction légale de l'impôt progressif. Ils mettaient sur le même plan la réforme bourgeoise et la révolution prolétarienne. Mais quelle classe restait-il alors comme point d'appui pour cette République ? La grande bourgeoisie. Or, sa masse était antirépublicaine. Si elle exploitait les républicains du National pour consolider les anciennes conditions de vie économique, elle pensait d'autre part exploiter les conditions sociales raffermies pour restaurer les formes politiques adéquates. Dès le début d'octobre, Cavaignac se vit contraint de faire de Dufaure et de Vivien, anciens ministres de Louis-Philippe, des ministres de la République, malgré les rancunes et le tapage des puritains sans cervelle de son propre parti.

Pendant que la Constitution tricolore rejetait tout compromis avec la petite bourgeoisie et ne savait attacher aucun nouvel élément de la société à la nouvelle forme de l'État, elle se hâtait par contre de rendre son inviolabilité traditionnelle à un corps où l'ancien État trouvait ses défenseurs les plus acharnés et les plus fanatiques. Elle éleva l'inamovibilité des juges mise en question par le Gouvernement provisoire à la hauteur d'une loi constitutionnelle. Le roi qu'elle avait détrôné ressuscita par centaines dans ces inquisiteurs inamovibles de la légalité.

La presse française a souvent discuté sur les contradictions de la Constitution de M. Marrast, par exemple sur la simultanéité de deux souverains, l'Assemblée nationale et le président, etc., etc.

Or, la vaste contradiction de cette Constitution consiste en ceci : les classes dont elle doit perpétuer l'esclavage social, prolétariat, paysans, petits bourgeois sont mis par elle en possession du pouvoir politique par le moyen du suffrage universel. Et à la classe dont elle sanctionne l'ancienne puissance sociale, à la bourgeoisie, elle enlève les garanties politiques de cette puissance. Elle enserre sa domination politique dans des conditions démocratiques qui aident à chaque instant les classes ennemies à remporter la victoire et qui mettent en question les fondements mêmes de la société bourgeoise. Des unes, elle demande qu'elles ne poursuivent pas leur émancipation politique jusqu'à l'émancipation sociale; des autres, qu'elles ne reviennent pas de la restauration sociale à la restauration politique.

Ces contradictions importaient peu aux républicains bourgeois. Au fur et à mesure qu'ils cessaient d'être indispensables, et ils ne furent indispensables que comme champions de l'ancienne société contre le prolétariat révolutionnaire, quelques semaines déjà après leur victoire, ils tombaient du rang de parti à celui de coterie. Quant à la Constitution, ils la traitaient comme une grande intrigue. Ce qu'il fallait constituer en elle, c'était avant tout la domination de la coterie. Dans le président, on voulait prolonger les pouvoirs de Cavaignac, dans l'Assemblée législative, ceux de la Constituante. Ils espéraient réduire le pouvoir politique des masses populaires à une apparence de pouvoir et ils pensaient pouvoir suffisamment jouer avec cette apparence de pouvoir lui-même pour suspendre continuellement au-dessus de la majorité de la bourgeoisie le dilemme des journées de Juin : ou le règne du National ou le règne de l'anarchie.

L’œuvre constitutionnelle commencée le 4 septembre fut terminée le 23 octobre. Le 2 septembre, la Constituante avait décidé de ne pas se dissoudre avant d'avoir promulgué les lois organiques complétant la Constitution. Néanmoins, elle se décida à mettre au monde sa propre création, le président, dès le 10 décembre, bien avant d'avoir achevé le cercle de sa propre activité, tant elle était sûre de saluer dans l'homonculus de la Constitution le fils de sa mère. Par précaution, on disposa que si aucun des candidats n'obtenait deux millions de voix, l'élection passerait de la nation à la Constituante.

Précautions inutiles ! Le premier jour de la réalisation de la Constitution fut le dernier jour de la domination de la Constituante. Dans l'abîme de l'urne électorale il y avait sa sentence de mort. Elle cherchait le «fils de sa mère », elle trouva le « neveu de son oncle ». Saül Cavaignac abattit un million de voix, mais David Napoléon en abattit six [28]. Saül Cavaignac était six fois battu.

Le 10 décembre 1848 fut le jour de l'insurrection des paysans. C'est de ce jour seulement que data le Février des paysans français. Le symbole qui exprimait leur entrée dans le mouvement révolutionnaire, maladroit et rusé, gredin et naïf, lourdaud et sublime, superstition calculée, burlesque pathétique, anachronisme génial et stupide, espièglerie de l'histoire mondiale, hiéroglyphe indéchiffrable pour la raison des gens civilisés - ce symbole marquait sans qu'on puisse s'y méprendre la physionomie de la classe qui représente la barbarie au sein de la civilisation. La République s'était annoncée auprès d'elle par l'huissier; elle s'annonça auprès de la République par l'empereur. Napoléon était le seul homme représentant jusqu'au bout les intérêts et l'imagination de la nouvelle classe paysanne que 1789 avait créée. En écrivant son nom sur le frontispice de la République, elle déclarait la guerre à l'étranger et revendiquait ses intérêts de classe à l'intérieur. Napoléon, ce n'était pas un homme pour les paysans, mais un programme. C'est avec des drapeaux et aux sons de la musique qu'ils allèrent aux urnes, au cris de : Plus d'impôts, à bas les riches, à bas la République, vive l'empereur ! Derrière l'empereur se cachait la jacquerie. La République qu'ils abattaient de leurs votes, c'était la République des riches.

Le 10 décembre fut le coup d'État des paysans qui renversait le gouvernement existant. Et à partir de ce jour où ils eurent enlevé et donné un gouvernement à la France, leurs yeux furent obstinément fixés sur Paris. Un moment héros actifs du drame révolutionnaire, ils ne pouvaient plus être relégués au rôle passif et servile du chœur.

Les autres classes contribuèrent à parfaire la victoire électorale des paysans. L'élection de Napoléon, c'était pour le prolétariat la destitution de Cavaignac, le renversement de la Constituante, le renvoi des républicains bourgeois, l'annulation de la victoire de Juin. Pour la petite bourgeoisie, Napoléon était la suprématie du débiteur sur le créancier. Pour la majorité de la grande bourgeoisie, l'élection de Napoléon, c'était la rupture ouverte avec la fraction dont il lui avait fallu se servir un instant contre la révolution, mais qui lui était devenue insupportable dès qu'elle chercha à faire de sa position d'un moment une position constitutionnelle. Napoléon à la place de Cavaignac, c'était pour elle la monarchie à la place de la République, le début de la restauration royaliste, les d'Orléans auxquels on faisait des allusions timides, le lis caché sous la violette [29]. L'armée enfin vota pour Napoléon contre la garde mobile, contre l'idylle de la paix, pour la guerre.

C'est ainsi qu'il arriva, comme le disait la Neue Rheinische Zeitung, que l'homme le plus simple de France acquit l'importance la plus complexe. Précisément, parce qu'il n'était rien, il pouvait tout signifier, sauf lui-même. Cependant, aussi différent que pouvait être le sens du nom de Napoléon dans la bouche des différentes classes, chacune d'elles écrivit avec ce nom sur son bulletin : A bas le parti du National, à bas Cavaignac, à bas la Constituante, à bas la République bourgeoise. Le ministre Dufaure le déclara publiquement à l'Assemblée constituante : le 10 décembre est un second 24 février.

Petite bourgeoisie et prolétariat avaient voté en bloc pour Napoléon, afin de voter contre Cavaignac et d'arracher à la Constituante par l'union de leurs suffrages la décision finale. Cependant, la partie la plus avancée de ces deux classes présenta ses propres candidats. Napoléon était le nom collectif de tous les partis coalisés contre la République bourgeoise. Ledru-Rollin et Raspail étaient les noms propres, celui-là de la petite bourgeoisie démocratique, celui-ci du prolétariat révolutionnaire. Les voix pour Raspail - les prolétaires et leurs porte-parole socialistes le déclarèrent bien haut - devaient être une simple démonstration, autant de protestations contre toute présidence, c'est-à-dire contre la Constitution elle-même, autant de voix contre Ledru-Rollin, le premier acte par lequel le prolétariat se détachait, en tant que parti politique indépendant, du Parti démocratique. Ce parti, par contre, - la petite bourgeoisie démocratique et sa représentation parlementaire la Montagne - traitait la candidature de Ledru-Rollin avec tout le sérieux toute la solennité qu'il avait coutume d'employer à se duper lui-même. Ce fut, d'ailleurs, sa dernière tentative de se poser face au prolétariat en tant que parti indépendant. Non seulement le parti bourgeois républicain, mais la petite bourgeoisie démocratique aussi et sa Montagne étaient battus le 10 décembre.

La France possédait maintenant à côté d'une Montagne un Napoléon, preuve que tous deux n'étaient que les caricatures sans vie des grandes réalités dont ils portaient le nom. Louis Napoléon, avec le chapeau de l'Empereur et l'aigle, ne parodia pas plus misérablement l'ancien Napoléon que la Montagne, avec ses phrases empruntées à 1793 et ses poses démagogiques, ne parodiait l'ancienne Montagne. Ainsi, la superstition traditionnelle en 1793 fut détruite en même temps que la superstition traditionnelle en Napoléon. La révolution n'était parvenue à elle-même qu'après avoir acquis son nom propre et originel et cela, elle ne pouvait le faire, qu'après que fut apparue, impérieuse, à son premier plan, la classe révolutionnaire moderne, le prolétariat industriel. On peut dire que le 10 décembre déconcertait déjà la Montagne et lui faisait douter de sa propre raison, parce qu'il rompait en riant l'analogie classique avec l'ancienne révolution par une mauvaise farce paysanne.

Le 20 décembre, Cavaignac résigna ses fonctions et l'Assemblée constituante proclama Louis Napoléon président de la République. Le 19 décembre, le dernier jour de sa toute-puissance, elle rejeta la proposition d'amnistie en faveur des insurgés de Juin. Désavouer le décret du 27 juin par lequel elle avait condamné à la déportation 15 000 insurgés en éludant toute sentence judiciaire, n'était-ce pas désavouer la bataille de Juin elle-même ?

Odilon Barrot, le dernier ministre de Louis-Philippe, fut le premier ministre de Louis Napoléon. De même que Louis Napoléon ne data pas le jour de son pouvoir du 10 décembre mais d'un sénatus-consulte de 1806, il trouva un président du Conseil qui ne datait pas son ministère du 20 décembre, mais d'un décret royal du 24 février [30]. Comme héritier légitime de Louis-Philippe, Louis Napoléon atténua le changement de gouvernement en conservant l'ancien ministère qui, du reste, n'avait pas eu le temps de s'user n'ayant pas trouvé le temps de venir au monde.

Les chefs des fractions bourgeoises royalistes lui conseillèrent ce choix. La tête de l'ancienne opposition dynastique qui avait fait inconsciemment la transition vers les républicains du National, était encore plus qualifiée pour former en pleine conscience la transition de la République bourgeoise à la monarchie.

Odilon Barrot était le chef du seul ancien parti de l'opposition qui, dans sa lutte toujours vaine pour un portefeuille ministériel, ne s'était pas encore usé. Dans une succession rapide, la révolution projetait tous les anciens partis d'opposition aux sommets de l'État, afin qu'ils fussent obligés de renier et de désavouer non seulement en fait, mais en phrase même, leurs anciennes phrases et que, réunis tous ensemble en une mixture répugnante, ils fussent finalement jetés à la voirie de l'histoire. Et aucune apostasie ne fut épargnée à ce Barrot, à cette incorporation du libéralisme bourgeois qui, dix-huit années durant, avait caché le vide misérable de son esprit sous des attitudes de gravité simulée. Si, à certains moments, le contraste par trop criant entre les chardons du président et les lauriers du passé l'effrayait lui-même, un coup d'œil dans son miroir lui redonnait la contenance ministérielle et l'admiration bien humaine de sa propre personne. Ce qui se reflétait dans le miroir, c'était Guizot qu'il avait toujours envié et qui l'avait toujours dominé, Guizot lui-même, mais Guizot avec le front olympien d'Odilon. Ce qu'il ne voyait pas, c'étaient les oreilles de Midas [31].

Le Barrot du 24 février ne se révéla que dans le Barrot du 20 décembre. Lui, l'orléaniste et le voltairien, il s'adjoignit comme ministre du Culte - le légitimiste et le jésuite Falloux.

Quelques jours plus tard, le ministère de l'Intérieur fut confié à Léon Faucher, malthusien. Le droit, la religion, l'économie politique ! Le ministère Barrot contenait tout cela et était en outre une fusion des légitimistes et des orléanistes. Il n'y manquait que le bonapartiste. Bonaparte dissimulait encore son envie d'être Napoléon, car Soulouque [32] ne jouait pas encore les Toussaint Louverture [33].

Aussitôt, on fit déguerpir le parti du National de tous les postes élevés où il s'était incrusté : préfecture de police, direction des postes, parquet général, mairie de Paris, tout cela fut occupé par d'anciennes créatures de la monarchie. Changarnier, le légitimiste, reçut le commandement supérieur unifié de la garde nationale du département de la Seine, de la garde mobile et des troupes de ligne de la première division. Bugeaud, l'orléaniste, fut nommé commandant en chef de l'armée des Alpes. Ces mutations de fonctionnaires se poursuivirent de façon ininterrompue sous le gouvernement de Barrot. Le premier acte de son ministère fut la restauration de l'ancienne administration royaliste. En un clin d'œil, se transforma la scène officielle - coulisses, costumes, langage, acteurs, figurants, comparses, souffleurs, position des Partis, motifs du drame, contenu du conflit, situation tout entière. Seule, l'Assemblée constituante préhistorique était encore à sa place. Mais à partir de l'heure où l'Assemblée nationale eut installé Bonaparte, où Bonaparte eut installé Barrot, où Barrot eut installé Changarnier, la France sortait de la période de la constitution de la République pour entrer dans la période de la République constituée. Et dans la République constituée, qu'avait à faire une Assemblée constituante ? La terre une fois créée, il ne resta rien d'autre à faire à son créateur qu'à se réfugier dans le ciel. L'Assemblée constituante était résolue à ne pas suivre son exemple, l'Assemblée nationale était le dernier asile du parti des républicains bourgeois. Si tous les leviers du pouvoir exécutif lui étaient enlevés, ne lui restait-il pas la toute-puissance constituante ? Se maintenir à tout prix dans le poste souverain qu'elle occupait et reconquérir de là le terrain perdu, telle fut sa première pensée. Une fois le ministère Barrot évincé par un ministère du National, le personnel royal était obligé de quitter immédiatement les palais de l'administration et le personnel tricolore y rentrait triomphalement. L'Assemblée nationale décida le renversement du ministère, et le ministère fournit lui-même une occasion de l'attaquer telle que la Constituante ne pouvait pas en imaginer de plus opportune. On se souvient que pour les paysans Bonaparte signifiait : plus d'impôts ! Il était installé depuis six jours au fauteuil présidentiel quand, le septième jour, le 27 décembre, son ministère proposa le maintien de l'impôt sur le sel, dont le Gouvernement provisoire avait décrété la suppression. L'impôt sur le sel partage avec l'impôt sur les boissons le privilège d'être le bouc émissaire de l'ancien système financier français, surtout aux yeux de la population de la campagne. A l'élu des paysans, le ministère Barrot ne pouvait pas mettre dans la bouche une épigramme plus mordante pour ses électeurs que ces mots : rétablissement de l'impôt sur le sel ! Par l'impôt sur le sel, Bonaparte perdit son sel révolutionnaire, le Napoléon de l'insurrection paysanne se dissipa comme une nuée, et il ne resta plus que le grand inconnu de l'intrigue bourgeoise royaliste. Et ce n'est pas sans but que le ministère Barrot fit de cet acte de désillusion grossière et brutale le premier acte gouvernemental du président.

De son côté, la Constituante saisit avidement la double occasion de renverser le ministère et de se poser face à l'élu des paysans en défenseur des intérêts des paysans. Elle rejeta la proposition du ministre des Finances, réduisit l'impôt sur le sel au tiers de son montant antérieur, augmentant ainsi de 60 millions un déficit public de 560 millions et attendit tranquillement après ce vote de défiance le retrait du ministère. Comme elle comprenait peu le nouveau monde qui l'entourait et le changement survenu dans sa propre position ! Derrière le ministère, il y avait le président, et derrière le président, il y avait 6 millions de citoyens qui avaient déposé dans l'urne électorale un nombre égal de votes de défiance contre la Constituante. La Constituante retournerait à la nation avec son vote de défiance : Échange ridicule ! Elle oubliait que ses votes avaient perdu leurs cours forcé. Le rejet de l'impôt sur le sel ne fit que mûrir la décision de Bonaparte et de son ministère « d'en finir » avec l'Assemblée constituante. Ce long duel qui remplit une moitié entière de l'existence de la Constituante commença. Le 29 janvier, le 21 mars, le 3 mai sont les journées , les grands jours de cette crise, autant de précurseurs du 13 juin.

Les Français, Louis Blanc, par exemple, ont compris le 29 janvier comme l'avènement d'une contradiction constitutionnelle de la contradiction entre une Assemblée nationale souveraine, indissoluble, issue du suffrage universel et un président responsable selon la lettre envers elle, mais qui, en réalité, avait non seulement été sanctionné également par le suffrage universel et réunissait, en outre, sur sa personne toutes les voix se répartissant et se dispersant des centaines de fois sur les différents membres de l'Assemblée nationale, mais qui était aussi en pleine possession de tout le pouvoir exécutif au-dessus duquel l'Assemblée nationale ne plane qu'à titre de puissance morale. Cette interprétation du 29 juin confond le langage de la lutte à la tribune, par la presse, dans les clubs, avec son contenu réel. Louis Bonaparte, face à l'Assemblée nationale constituante, - ce n'était pas un côté du pouvoir constitutionnel en face de l'autre, ce n'était pas le pouvoir exécutif face au pouvoir législatif, c'était la République bourgeoise constituée elle-même face aux instruments de sa Constitution, face aux intrigues ambitieuses et aux revendications idéologiques de la fraction bourgeoise révolutionnaire qui l'avait fondée et qui, tout étonnée, trouvait maintenant que sa République constituée ressemblait à une monarchie restaurée et qui voulait maintenir par la violence la période constituante avec ses conditions, ses illusions, son langage et ses personnes et empêcher la République bourgeoise parvenue à maturité d'apparaître dans sa forme achevée et particulière. De même que l'Assemblée nationale constituante représentait le Cavaignac revenu dans son sein, Bonaparte représentait l'Assemblée nationale législative qui ne s'était pas encore détachée de lui, c'est-à-dire l'Assemblée nationale de la République bourgeoise constituée.

L'élection de Bonaparte ne pouvait s'expliquer qu'en mettant à la place du seul nom ses significations multiples, qu'en voyant sa répétition dans l'élection de la nouvelle Assemblée nationale. Le 10 décembre avait annulé le mandat de l'ancienne. Ce qui s'affrontait, le 29 janvier, ce n'était donc pas le président et l'Assemblée nationale de la même République, c'étaient l'Assemblée nationale de la République en puissance et le président de la République en fait, deux puissances qui incarnaient des périodes tout à fait différentes du processus d'existence de la République, c'était la petite fraction républicaine de la bourgeoisie qui seule pouvait proclamer la République, l'arracher au prolétariat révolutionnaire par des combats de rue et par la terreur et ébaucher dans la Constitution les traits fondamentaux de son idéal, et, de l'autre côté, toute la masse royaliste de la bourgeoisie qui seule pouvait régner dans cette République bourgeoise constituée, enlever à la Constitution ses accessoires idéologiques, et réaliser, par sa législation et son administration, les conditions indispensables à l'asservissement du prolétariat.

L'orage, qui éclata le 29 janvier, s'amoncela pendant tout le mois de janvier. La Constituante voulait, par son vote de défiance, pousser le ministère Barrot à démissionner. Le ministère Barrot, au contraire, proposa à la Constituante de se décerner elle-même un vote de défiance définitif, de décider son suicide, de décréter sa propre dissolution. Rateau, un des députés les plus obscurs, en fit la proposition à la Constituante sur l'ordre du ministère, le 6 janvier, à cette même Constituante qui, dès août, avait décidé de ne pas se dissoudre avant d'avoir promulgué toute une série de lois organiques complétant la Constitution. Le ministère Fould lui déclara franchement que sa dissolution était nécessaire « pour rétablir le crédit ébranlé ». Est-ce qu'elle n'ébranlait pas le crédit en prolongeant cet état provisoire, en mettant à nouveau en question avec Barrot, Bonaparte et avec Bonaparte, la République constituée. Barrot, l'olympien, devenu Roland furieux [34] à la perspective de se voir arracher à nouveau, après n'en avoir joui que quinze jours à peine, cette présidence de cabinet enfin décrochée et que les républicains lui avaient déjà prorogée une fois d'un décennat, c'est-à-dire de dix mois, Barrot l'emporta en tyrannie à l'égard de cette misérable assemblée sur le tyran. Le plus doux de ses mots fut : « Pour elle, il n'y a pas d'avenir possible. » Et, en réalité, elle ne représentait plus que le passé. « Elle est incapable, ajoutait-il ironiquement, d'entourer la République des institutions qui sont nécessaires à son affermissement. » Et, en effet ! En même temps que par son opposition exclusive au prolétariat, son énergie bourgeoise s'était trouvée brisée, par son opposition aux royalistes, avait été ranimée son exaltation républicaine. Elle était donc doublement incapable de consolider par les institutions adéquates la République bourgeoise qu'elle ne comprenait plus.

Par la proposition de Rateau, le ministère souleva dans le même temps un ouragan de pétitions dans tout le pays, et, tous les jours, de tous les coins de la France, la Constituante recevait en plein visage des ballots de billets doux dans lesquels on la priait, plus ou moins catégoriquement, de se dissoudre et de faire son testament. De son côté, la Constituante provoquait des contre-pétitions dans lesquelles elle se faisait exhorter à rester en vie. La lutte électorale entre Bonaparte et Cavaignac se renouvelait sous la forme d'une lutte de pétitions pour ou contre la dissolution de l'Assemblée nationale. Les pétitions devaient être les commentaires faits après le coup du 10 décembre. Cette agitation persista pendant tout le mois de janvier.

Dans le conflit entre la Constituante et le président, la première ne pouvait remonter aux élections générales comme à son origine, car on en appelait d'elle au suffrage universel. Elle ne pouvait s'appuyer sur aucun pouvoir régulier, car il s'agissait de la lutte contre le pouvoir légal. Elle ne pouvait pas renverser le ministère par des votes de défiance, comme elle l'essaya encore à nouveau les 6 et 26 janvier, car le ministère ne lui demandait pas sa confiance. Il ne lui restait qu'une possibilité, celle de l'insurrection. Les forces armées de l'insurrection étaient le parti républicain de la garde nationale, la garde mobile et les centres du prolétariat révolutionnaire, les clubs. Les gardes mobiles, ces héros des journées de Juin, constituaient en décembre les forces armées organisées des fractions républicaines de la bourgeoisie, tout comme avant Juin les ateliers nationaux avaient formé les forces armées organisées du prolétariat révolutionnaire. De même que la Commission exécutive de la Constituante dirigea son attaque brutale sur les ateliers nationaux lorsqu'il lui fallut en finir avec les exigences devenues insupportables du prolétariat, de même, le ministère de Bonaparte s'attaqua à la garde mobile lorsqu'il lui fallut en finir avec les exigences devenues insupportables des fractions républicaines de la bourgeoisie. Il ordonna la dissolution de la garde mobile. Une moitié de celle-ci fut licenciée et jetée sur le pavé; l'autre reçut à la place de son organisation démocratique une organisation monarchiste, et sa solde fut ramenée au niveau de la solde ordinaire des troupes de ligne. La garde mobile se trouva dans la situation des insurgés de Juin, et chaque jour la presse publiait des confessions publiques où la garde reconnaissait sa faute de Juin et suppliait le prolétariat de la lui pardonner.

Et les clubs ? Dès l'instant où l'Assemblée constituante mettait en question dans Barrot le président, et dans le président la République bourgeoise constituée, et dans la République bourgeoise en général tous les éléments constitutifs de la République de Février, tous les partis qui voulaient renverser la République existante et qui voulaient la transformer par un processus de régression violente en la République de leurs intérêts et de leurs principes de classe, se rangèrent nécessairement autour d'elle. Mais ce qui était fait était de nouveau à faire, les cristallisations du mouvement révolutionnaire étaient à nouveau en liquéfaction, la République pour laquelle on combattait, était à nouveau la République vague des journées de Février que chaque parti se réservait de déterminer. Les partis reprirent un instant leurs anciennes positions de Février, mais sans en partager les illusions. Les républicains tricolores du National s'appuyèrent de nouveau sur les républicains démocrates de la Réforme et les postèrent en avant-garde, au premier plan de la lutte parlementaire. Les républicains démocrates s'appuyèrent à nouveau sur les républicains socialistes - le 27 janvier, un manifeste public proclama leur réconciliation et leur union - et ils préparèrent dans les clubs leur arrière-plan insurrectionnel. La presse ministérielle traita avec raison les républicains tricolores du National comme des insurgés ressuscités de Juin. Pour se maintenir à la tête de la République bourgeoise, ils mettaient en question cette République même. Le 26 janvier, le ministre Faucher proposa une loi sur le droit d'association dont le premier paragraphe était ainsi conçu : « Les clubs sont interdits. » Il fit la proposition que ce projet de loi soit mis en discussion immédiatement, selon la procédure d'urgence. La Constituante rejeta la proposition d'urgence, et, le 27 janvier, Ledru-Rollin déposait une proposition de mise en accusation du ministère pour violation de la Constitution revêtue de 230 signatures. La mise en accusation du ministère au moment où un pareil acte était l'aveu maladroit de l'impuissance du juge, c'est-à-dire de la majorité de la Chambre, ou bien la protestation impuissante de l'accusateur contre cette majorité même, tel fut le grand atout révolutionnaire que la Montagne puînée joua, dès lors, à chaque sommet de la crise. Pauvre Montagne, écrasée sous le poids de son propre nom !

Blanqui, Barbès, Raspail, etc., avaient, le 15 mai, tenté de dissoudre violemment l'Assemblée constituante en pénétrant, à la tête du prolétariat parisien, dans la salle des séances. Barrot prépara à cette même Assemblée un 15 mai moral en voulant lui dicter sa propre dissolution et fermer sa salle de séances.

Cette même assemblée avait chargé Barrot de l'enquête contre les inculpés de Mai et c'est au moment où il apparaissait face à elle comme un Blanqui royaliste où elle cherchait face à lui des alliés dans les clubs, auprès des prolétaires révolutionnaires, dans le parti de Blanqui, c'est à ce moment que l'inexorable Barrot la torturait par sa proposition de soustraire au jury les inculpés de Mai et de les traduire devant le tribunal suprême inventé par le parti du National, devant la Haute Cour . Quelle chose remarquable que la peur acharnée de perdre un portefeuille ministériel ait pu tirer de la tête d'un Barrot des pointes dignes d'un Beaumarchais ? Après de longues hésitations, l'Assemblée nationale adopta sa proposition. Face aux inculpés de l'attentat de Mai, elle en revenait à son caractère normal.

Si la Constituante, face au président et aux ministres, était contrainte à l'insurrection, le président et le ministère, face à la Constituante, étaient obligés au coup d'État, car ils n'avaient aucun moyen légal de la dissoudre. Mais la Constituante était la mère de la Constitution, et la Constitution était la mère du président. Avec le coup d'État, le président déchirait la Constitution et supprimait ses titres républicains. Il était alors contraint de sortir ses titres impériaux; mais ses titres impériaux évoquaient les titres orléanistes et tous deux pâlissaient devant les titres légitimistes. Le renversement de la République légale ne pouvait faire surgir que son antipode extrême, la monarchie légitimiste, à un moment où le Parti orléaniste n'était encore que le vaincu de Février et où Bonaparte n'était encore que le vainqueur du 10 décembre, et où tous deux ne pouvaient opposer encore à l'usurpation républicaine que leurs titres monarchiques également usurpés. Les légitimistes avaient conscience que le moment était favorable, ils conspiraient au grand jour. Dans le général Changarnier, ils pouvaient espérer trouver leur Monk [35]. L'avènement de la monarchie blanche était proclamé aussi ouvertement dans leurs clubs que celui de la République rouge dans les clubs prolétariens.

Par une émeute heureusement réprimée, le ministère aurait été délivré de toutes les difficultés. « La légalité nous tue », s'écriait Odilon Barrot. Une émeute aurait permis, sous prétexte de salut public , de dissoudre la Constituante, de violer la Constitution dans l'intérêt même de la Constitution. La brutale intervention d'Odilon Barrot à l'Assemblée nationale, la proposition de dissolution des clubs, la révocation bruyante de cinquante préfets tricolores et leur remplacement par des royalistes, la dissolution de la garde mobile, la façon brutale dont Changarnier traita leurs chefs, la réintégration de Lherminier, de ce professeur déjà impossible sous Guizot, la tolérance envers les rodomontades légitimistes, étaient autant de provocations à l'émeute. Mais l'émeute restait sourde. Elle attendait le signal de la Constituante et non du ministère.

Enfin, arriva le 29 janvier, le jour où l'on devait se prononcer sur la proposition de Mathieu (de la Drôme) tendant au rejet sans conditions de la proposition Rateau. Légitimistes, orléanistes, bonapartistes, garde mobile, Montagne, clubs, tout le monde conspirait ce jour-là autant contre l'ennemi prétendu que contre le soi-disant allié. Bonaparte, du haut de son cheval, passait en revue une partie des troupes sur la place de la Concorde, Changarnier paradait avec un grand étalage de manœuvres stratégiques. La Constituante trouva la salle de ses séances occupée militairement. Elle, le centre où se croisaient toutes les espérances, les craintes, les attentes, les fermentations, les tensions, les conjurations, l'Assemblée au courage de lion n'hésita plus un instant quand elle fut plus près que jamais de rendre l'âme. Elle ressemblait à ce combattant qui ne craignait pas seulement de se servir de ses propres armes, mais qui se croyait également tenu de conserver intactes les armes de son adversaire. Méprisant la mort, elle signa son propre arrêt de mort et rejeta le rejet sans conditions de la proposition Rateau [36]. Elle-même en état de siège, elle mit à une activité constituante des limites dont le cadre nécessaire eût été l'état de siège de Paris. Elle se vengea d'une façon digne d'elle en décidant le lendemain une enquête sur l'effroi que le ministère lui avait causé le 29 janvier. La Montagne prouva son manque d'énergie révolutionnaire et de sens politique en laissant le parti du National faire d'elle le héraut d'armes dans cette grande comédie d'intrigue. Ce parti avait fait une dernière tentative d'affirmer à nouveau dans la République constituée le monopole du pouvoir qu'il possédait pendant la période de formation de la République bourgeoise. Cette tentative avait échoué.

Si dans la crise de janvier, il s'agit de l'existence de la Constituante, dans la crise du 21 mars, c'est de l'existence de la Constitution. Si alors il s'agissait du personnel du parti national, cette fois, c'était de son idéal. Nous n'avons pas besoin d'indiquer que les républicains honnêtes livrèrent le sentiment élevé qu'ils avaient de leur idéologie à meilleur marché que la jouissance terrestre du pouvoir gouvernemental.

Le 21 mars, l'ordre du jour de l'Assemblée nationale comportait le projet de loi de Faucher, contre le droit d'association : l'interdiction des clubs. L'article 8 de la Constitution garantit à tous les Français le droit de s'associer. L'interdiction des clubs était donc une atteinte tout à fait nette à la Constitution, et la Constituante devait elle-même canoniser la profanation de ses saints. Mais les clubs, c'étaient les points de rassemblement, les sièges conspiratifs du prolétariat révolutionnaire. L'Assemblée nationale elle-même avait interdit la coalition des ouvriers contre leurs bourgeois. Et les clubs étaient-ils autre chose que la coalition de toute la classe ouvrière contre toute la classe bourgeoise, la formation d'un État ouvrier contre l'État bourgeois ? N'étaient-ils pas autant d'Assemblées constituantes du prolétariat, autant de détachements tout prêts de l'armée de la révolte ? Ce que la Constitution devait constituer avant tout, c'était la domination de la bourgeoisie. La Constitution ne pouvait donc manifestement entendre par droit d'association que les associations en accord avec la domination de la bourgeoisie, c'est-à-dire avec l'ordre bourgeois. Si, par convenance théorique, elle s'exprimait de façon générale, le gouvernement n'était-il pas là ainsi que l'Assemblée nationale pour l'interpréter et l'appliquer dans les cas particuliers ? Et si, à l'époque antédiluvienne de la République, les clubs furent interdits en fait par l'état de siège, ne fallait-il pas les interdire par la loi dans la République régulière, constituée ? Les républicains tricolores n'avaient rien à opposer à cette interprétation prosaïque de la Constitution que la phrase redondante de la Constitution. Une partie d'entre eux, Pagnerre, Duclerc, etc., votèrent pour le ministère, lui procurant ainsi la majorité. L'autre partie, l'archange Cavaignac et le père de l'Église Marrast en tête, se retira, quand l'article sur l'interdiction des clubs eut passé, dans une salle de bureau spéciale et, avec Ledru-Rollin et la Montagne, « tint conseil ». L'Assemblée nationale était paralysée, elle n'avait plus le quorum. M. Crémieux, dans la salle de bureau, se souvint à temps que, de ce moment-là, la route menait droit à la rue et que l'on n'était plus en février 1848, mais en mars 1849. Soudain éclairé, le parti du National rentra dans la salle de séances de l'Assemblée nationale. Il était suivi de la Montagne une fois de plus dupée qui, constamment tourmentée par des envies révolutionnaires, recherchait constamment aussi des possibilités constitutionnelles et se sentait toujours mieux à sa place derrière les républicains bourgeois que devant le prolétariat révolutionnaire. La comédie était jouée. Et c'était la Constituante elle-même qui avait décrété que la violation de la lettre de la Constitution était la seule réalisation conforme à son esprit.

Il ne restait plus qu'un point à régler : les relations de la République constituée avec la révolution européenne, sa politique étrangère. Le 8 mai 1849, un émoi inaccoutumé régnait dans l’Assemblée constituante dont le mandat devait expirer dans quelques jours. L'attaque de l'armée française sur Rome, son recul devant les Romains, son infamie politique et sa honte militaire, l'assassinat de la République romaine par la République française, la première campagne d'Italie du second Bonaparte étaient à l'ordre du jour. La Montagne avait encore une fois joué son grand atout, Ledru-Rollin avait déposé sur la table du président l'inévitable acte d'accusation contre le ministère, pour violation de la Constitution, et cette fois aussi contre Bonaparte.

Le motif du 8 mai se répéta plus tard comme motif du 13 juin. Entendons-nous sur l'expédition romaine.

Dès le milieu de novembre 1848, Cavaignac avait envoyé une flotte de guerre à Civita Vecchia [37] pour protéger le pape, le prendre à son bord et l'amener en France. Le pape devait bénir la République honnête et assurer l'élection de Cavaignac à la présidence. Avec le pape, Cavaignac voulait capter les curés, avec les curés les paysans et avec les paysans la présidence. Réclame électorale dans son but prochain, l'expédition de Cavaignac était en même temps une protestation et une menace contre la révolution romaine. Elle contenait en germe l'intervention de la France en faveur du pape.

Cette intervention en faveur du pape avec l'Autriche et Naples contre la République romaine fut décidée dans la première séance du Conseil des ministres de Bonaparte, le 23 décembre. Falloux au ministère, c'était le pape à Rome et dans la Rome du pape. Bonaparte n'avait plus besoin du pape pour devenir le président des paysans, mais il avait besoin de conserver le pape pour conserver les paysans du président. C'est la crédulité de ceux-ci qui avait fait de lui un président. Avec la foi ils perdaient leur crédulité et avec le pape la foi. Et les orléanistes et légitimistes coalisés qui régnaient au nom de Bonaparte ! Avant de restaurer le roi, il fallait restaurer la puissance qui sacre les rois. Abstraction faite de leur royalisme : sans l'ancienne Rome soumise à son pouvoir temporel, pas de pape, sans pape, pas de catholicisme; sans catholicisme, pas de religion française, et sans religion qu'adviendrait-il de l'ancienne société française ? L'hypothèque que le paysan possède sur les biens célestes garantit l'hypothèque que le bourgeois possède sur les biens du paysan. La révolution romaine était donc un attentat contre la propriété, contre l'ordre bourgeois, aussi terrible que la révolution de Juin. La domination bourgeoise restaurée en France exigeait la restauration de la domination papale à Rome. Enfin, dans les révolutionnaires romains, on frappait les alliés des révolutionnaires français. L'alliance des classes contre-révolutionnaires dans la République française constituée avait son complément nécessaire dans l'alliance de cette République avec la Sainte-Alliance, avec Naples et l'Autriche. La décision du Conseil des ministres du 23 décembre n'était pas un secret pour la Constituante. Dès le 8 janvier, Ledru-Rollin avait interpellé le cabinet à ce sujet. Le ministère avait nié, l'Assemblée nationale avait passé à l'ordre du jour. Avait-elle confiance dans les paroles du ministère ? Nous savons qu'elle passa tout le mois de janvier à lui décerner des votes de méfiance. Mais s'il était dans son rôle à lui de mentir, il était dans son rôle à elle de feindre d'avoir foi en son mensonge et de sauver ainsi les dehors républicains.

Cependant, le Piémont était battu. Charles-Albert avait abdiqué. L'armée autrichienne frappait aux portes de la France. Ledru-Rollin fit une interpellation violente. Le ministère prouva qu'il n'avait fait que continuer dans l'Italie du Nord la politique de Cavaignac, et Cavaignac la politique du Gouvernement provisoire, c'est-à-dire de Ledru-Rollin, Bien plus, cette fois, il recueillit un vote de confiance de l'Assemblée nationale et il fut autorisé à occuper temporairement un point convenable dans la Haute-Italie pour appuyer ainsi les négociations pacifiques avec l'Autriche au sujet de l'intégrité du territoire sarde et de la question romaine. Comme on le sait, le sort de l'Italie se règle sur les champs de bataille de l'Italie du Nord. Voilà pourquoi Rome était tombée avec la Lombardie et le Piémont, ou alors il fallait que la France déclarât la guerre à l'Autriche et, partant, à la contre-révolution européenne. L'Assemblée nationale constituante prenait-elle subitement le ministère Barrot pour l'ancien Comité de salut public ? Ou se prenait-elle elle-même pour la Convention ? Pourquoi donc l'occupation militaire d'un point de la Haute-Italie ? On cachait sous ce voile transparent l'expédition contre Rome.

Le 14 avril, 14 000 hommes s'embarquèrent sous les ordres d'Oudinot pour Civita-Vecchia. Le 16 avril, l'Assemblée nationale accorda au ministère un crédit de 1 200 000 francs pour l'entretien, pendant trois mois, d'une flotte d'intervention dans la Méditerranée. Elle donnait ainsi au ministère tous les moyens d'intervenir contre Rome pendant qu'elle feignait de le faire intervenir contre l'Autriche. Elle ne voyait pas ce que faisait le ministère, elle n'entendait que ce qu'il disait. On n'aurait pas trouvé foi pareille dans Israël, la Constituante en était arrivée à ne pas savoir ce que la République constituée était obligée de faire.

Enfin, le 8 mai, se joua la dernière scène de la comédie. La Constituante invita le ministère à prendre des mesures rapides pour ramener l'expédition d'Italie à l'objectif qui lui était fixé. Bonaparte inséra le même soir une lettre dans le Moniteur où il adressait à Oudinot ses plus vives félicitations. Le 11 mai, l'Assemblée nationale repoussait l'acte d'accusation contre ce même Bonaparte et son ministère. Et la Montagne qui, au lieu de déchirer ce tissu de mensonges, prend au tragique la comédie parlementaire pour jouer elle-même dans son sein le rôle de Fouquier-Tinville [38], ne laissait-elle point paraître sous la peau de lion empruntée à la Convention sa peau de veau petite-bourgeoise naturelle !

La dernière moitié de l'existence de la Constituante se résuma ainsi : elle avoue le 29 janvier que les fractions bourgeoises royalistes sont les chefs naturels de la République constituée par elle : le 21 mars, que la violation de la Constitution est sa réalisation, et le 11 mai, que l'alliance passive emphatiquement proclamée de la République française avec les peuples en lutte signifie son alliance active avec la contre-révolution européenne.

Cette misérable assemblée quitta la scène après s'être donnée encore, deux jours avant l'anniversaire de sa naissance, le 4 mai, la satisfaction de rejeter la proposition d'amnistie en faveur des insurgés de Juin. Ayant brisé son pouvoir, étant haïe à mort par le peuple, repoussée, maltraitée, écartée avec dédain par la bourgeoisie dont elle était l'instrument, contrainte dans la deuxième moitié de son existence de désavouer la première, dépouillée de son illusion républicaine, sans grandes réalisations dans le passé, sans espoir dans l'avenir, corps vivant, s'atrophiant par morceaux, elle ne savait galvaniser son propre cadavre qu'en se rappelant constamment la victoire de Juin et qu'en la revivant après coup; elle s'affirmait en maudissant toujours à nouveau les maudits. Vampire qui vivait du sang des insurgés de Juin.

Elle laissait après elle le déficit public grossi des frais de l'insurrection de Juin, de la suppression de l'impôt sur le sel, des indemnités qu'elle accorda aux planteurs pour l'abolition de l'esclavage, des dépenses de l'expédition romaine et de la suppression de l'impôt sur les boissons dont elle décida encore l'abolition étant à son dernier souffle, vieille femme à la joie maligne, tout heureuse de mettre sur les épaules de son joyeux héritier une dette d'honneur compromettante.

Depuis le début de mars, l'agitation électorale avait commencé en faveur de l'Assemblée nationale législative. Deux groupes principaux s'affrontaient : le parti de l'ordre et le parti démocrate-socialiste ou parti rouge. Entre les deux se trouvaient les amis de la Constitution sous le nom desquels les républicains tricolores du National essayaient de représenter un parti. Le parti de l'ordre se forma immédiatement après les journées de Juin; ce fut seulement après que le 10 décembre lui eut permis d'écarter la coterie du National, des républicains bourgeois, que se dévoila le secret de son existence, la coalition en un parti des orléanistes et légitimistes. La classe bourgeoise était divisée en deux grandes fractions qui, à tour de rôle, la grande propriété foncière sous la Restauration, l'aristocratie financière et la bourgeoisie industrielle sous la monarchie de Juillet, avaient gardé le monopole du pouvoir. Bourbon était le nom royal couvrant l'influence prépondérante des intérêts de l'une des fractions. Orléans, celui couvrant l'influence prépondérante des intérêts de l'autre fraction - le règne anonyme de la République était le seul sous lequel les deux fractions pussent maintenir à pouvoir égal leur intérêt de classe commun sans renoncer à leur rivalité réciproque. Si la République bourgeoise ne pouvait être autre chose que la domination achevée, nettement apparue, de toute la classe bourgeoise, pouvait-elle être autre chose que la domination des orléanistes complétés par les légitimistes et des légitimistes complétés par les orléanistes, la synthèse de la Restauration et de la monarchie de Juillet ? Les républicains bourgeois du National ne représentaient pas une grande fraction de leur classe s'appuyant sur des fondements économiques. Ils avaient pour seule importance et pour seul titre historique, d'avoir, sous la monarchie, face aux deux fractions bourgeoises qui ne comprenaient que leur régime particulier, fait valoir le régime général de la classe bourgeoise, le régime anonyme de la République qu'ils idéalisaient et ornaient d'arabesques antiques, mais où ils saluaient avant tout la domination de leur coterie. Si le parti du National n'en crut plus sa propre raison, quand il aperçut au sommet de la République qu'il avait fondée les royalistes coalisés, ceux-ci ne se méprirent pas moins eux-mêmes sur le fait de leur domination unifiée. Ils ne comprenaient pas que si chacune de leurs fractions considérée à part était royaliste, le produit de leur combinaison chimique devait être nécessairement républicain et que la monarchie blanche et la monarchie bleue devaient nécessairement se neutraliser dans la République tricolore. Contraintes par leur opposition au prolétariat révolutionnaire et aux classes intermédiaires qui se pressaient de plus en plus autour de celui-ci comme centre, d'engager leurs forces conjuguées et de conserver l'organisation de ces forces conjuguées, chacune des fractions du parti de l'ordre, face aux désirs de restauration et d'hégémonie de l'autre, était obligée de faire prévaloir la domination commune, c'est-à-dire la forme républicaine de la domination bourgeoise. C'est ainsi que ces royalistes qui, au début, croyaient à une restauration immédiate qui, plus tard, conservant la forme républicaine, avaient l'écume à la bouche et des invectives mortelles contre elle sur les lèvres, les voilà, qui, finalement, avouent ne pouvoir s'accorder que dans la République et qui ajournent à une date indéterminée la Restauration. La jouissance commune même du pouvoir renforçait chacune des deux fractions et la rendait encore plus incapable et moins disposée à se subordonner à l'autre, c'est-à-dire à restaurer la monarchie.

Dans son programme électoral, le parti de l'ordre proclama directement la domination de la classe bourgeoise, c'est-à-dire le maintien des conditions d'existence de sa domination, de la propriété, de la famille, de la religion, de l'ordre ! Il présentait naturellement sa domination de classe et les conditions de sa domination de classe comme la domination de la civilisation et comme les conditions nécessaires de la production matérielle, ainsi que des rapports sociaux qui en découlent. Le parti de l'ordre disposait souverainement de ressources énormes. Il organisa ses succursales dans toute la France, il eut à sa solde tous les idéologues de l'ancienne société, il disposait de l'influence du pouvoir gouvernemental existant, il possédait une armée de vassaux bénévoles dans toute la masse des petits bourgeois et des paysans qui, se tenant éloignés encore du mouvement révolutionnaire, voyaient dans les grands dignitaires de la propriété les représentants naturels de leur petite propriété et de ses petits préjugés; représenté qu'il était dans tout le pays par une infinité de roitelets, il pouvait punir la répudiation de ses candidats comme une insurrection, congédier les ouvriers rebelles, les valets de ferme, domestiques, commis, employés de chemins de fer, les bureaucrates récalcitrants, tous les fonctionnaires qui lui étaient bourgeoisement subordonnés. Il pouvait enfin, par-ci, par-là, entretenir l'illusion que la Constituante républicaine avait empêché le Bonaparte du 10 décembre de manifester ses forces miraculeuses. Dans le parti de l'ordre nous n'avons pas mentionné les bonapartistes. Ils n'étaient pas une fraction sérieuse de la classe bourgeoise, mais une collection de vieux invalides superstitieux et de jeunes chevaliers d'industrie incrédules. Le parti de l'ordre triompha aux élections, il envoya une grande majorité à l'Assemblée législative.

Face à la classe bourgeoise contre-révolutionnaire coalisée, les parties déjà révolutionnaires de la petite bourgeoisie et de la classe paysanne devaient naturellement se lier au grand dignitaire des intérêts révolutionnaires, au prolétariat révolutionnaire. Nous avons vu que les porte-parole démocrates de la petite bourgeoisie au Parlement, c'est-à-dire la Montagne, avaient été poussés par des défaites parlementaires vers les porte-parole socialistes du prolétariat, et que la véritable petite bourgeoisie en dehors du Parlement avait été poussée vers les véritables prolétaires par les concordats à l'amiable, par la mise en valeur brutale des intérêts bourgeois, par la banqueroute. Le 27 janvier, la Montagne et les socialistes avaient fêté leur réconciliation, ils renouvelèrent, dans le grand banquet de février 1849, leur acte d'union. Le parti social et le parti démocratique, le parti des ouvriers et celui de la petite bourgeoisie s'unirent dans le Parti social-démocrate, c'est-à-dire dans le parti rouge.

Paralysée un instant par l'agonie qui suivit les journées de Juin, la République française avait, depuis la levée de l'état de siège, depuis le 14 octobre, traversé une série continue d'émotions fiévreuses. Tout d'abord, la lutte pour la présidence; puis la lutte du président contre la Constituante; la lutte pour les clubs; le procès de Bourges [39] qui, face aux petites figures du président, des royalistes coalisés, des républicains honnêtes, de la Montagne démocratique, des doctrinaires socialistes du prolétariat, fit apparaître les vrais révolutionnaires de ce dernier comme des monstres antédiluviens laissés à la surface de la société par un déluge ou encore tels que, seuls, ils peuvent précéder un déluge social; l'agitation électorale; l'exécution des meurtriers de Bréa [40] ,les procès de presse continuels, les intrusions policières violentes du gouvernement dans les banquets; les provocations royalistes impudentes; la mise au pilori des portraits de Louis Blanc et de Caussidière [41]; la lutte ininterrompue entre la République constituée et la Constituante qui refoulait à chaque instant la révolution à son point de départ, qui, à chaque instant, faisait du vainqueur le vaincu, du vaincu le vainqueur, qui, en un clin d'œil, renversait la position des partis et des classes, leurs divorces et leurs unions; la marche rapide de la contre-révolution européenne; la lutte glorieuse de la Hongrie, les levées de boucliers allemandes, l'expédition romaine, la honteuse défaite de l'armée française devant Rome - dans ce mouvement, tourbillonnant dans ce désordre historique pénible, dans ce dramatique flux et reflux de passions, d'espoirs, de désillusions révolutionnaires, les diverses classes de la société française devaient nécessairement compter par semaines leurs époques de développement, comme elles les avaient comptées jadis par demi-siècles. Une partie importante des paysans et des provinces était révolutionnée. Non seulement Napoléon les avait déçus, mais le parti rouge leur offrait à la place du nom le contenu, à la place de la dispense illusoire des impôts, le remboursement du milliard payé aux légitimistes, la réglementation des hypothèques et la suppression de l'usure.

L'armée, elle-même, était contaminée par la fièvre révolutionnaire. En Bonaparte, elle avait voté pour la victoire et il lui donnait la défaite. En lui, elle avait voté pour le petit caporal derrière lequel se cache le grand capitaine révolutionnaire et il lui rendait les grands généraux derrière lesquels se dissimule le caporal expert en boutons de guêtre. Nul doute que le parti rouge, c'est-à-dire le Parti démocratique coalisé dut, à défaut de la victoire, fêter du moins de grands triomphes, que Paris, que l'armée, qu'une grande partie des provinces voteraient pour lui.

Ledru-Rollin, le chef de la Montagne, fut élu par cinq départements. Aucun des chefs du parti de l'ordre ne remporta semblable victoire, aucun nom du parti prolétarien proprement dit. Cette élection nous révèle le secret du Parti démocrate-socialiste. Si la Montagne, avant-garde parlementaire de la petite bourgeoisie démocrate, était, d'une part, contrainte de s'unir aux doctrinaires socialistes du prolétariat, le prolétariat, contraint par la formidable défaite matérielle de Juin de se relever par des victoires intellectuelles, pas encore à même, par le développement des autres classes, de s'emparer de la dictature révolutionnaire, était obligé de se jeter dans les bras des doctrinaires de son émancipation, des fondateurs de sectes socialistes d'autre part, les paysans révolutionnaires, l'armée, les provinces se rangèrent derrière la Montagne qui devenait ainsi le chef dans le camp de l'armée révolutionnaire et, par son entente avec les socialistes, avait écarté tout antagonisme dans le parti révolutionnaire.

Dans la dernière moitié de l'existence de la Constituante, la Montagne y représentait le pathos républicain et elle avait fait oublier ses péchés du temps du Gouvernement provisoire, de la Commission exécutive et des journées de Juin. Au fur et à mesure que le parti du National, conformément à sa nature indécise, se laissait écraser par le ministère royaliste, le parti de la Montagne, écarté pendant l'omnipotence du National, s'élevait et prévalait en tant que représentant parlementaire de la Révolution. En effet, le parti du National n'avait rien à opposer aux autres fractions royalistes que des personnalités ambitieuses et des balivernes idéalistes. Le parti de la Montagne, par contre, représentait une masse flottante entre la bourgeoisie et le prolétariat dont les intérêts matériels exigeaient des institutions démocratiques. Face aux Cavaignac et aux Marrast, Ledru-Rollin et la Montagne se trouvaient par conséquent dans la vérité de la révolution et ils puisaient dans la conscience de cette grave situation un courage d'autant plus grand que la manifestation de l'énergie révolutionnaire se bornait à des sorties parlementaires, au dépôt d'actes d'accusation, à des menaces, à des élévations de voix, à des discours tonitruants et à des extrémités qui ne dépassaient pas les paroles. Les paysans se trouvaient à peu près dans la même situation que les petits bourgeois, ils avaient à peu près les mêmes revendications sociales à poser. Toutes les couches moyennes de la société, dans la mesure où elles étaient entraînées dans le mouvement révolutionnaire, devaient donc nécessairement trouver leur héros dans Ledru-Rollin. Ledru-Rollin était le personnage de la petite bourgeoisie démocratique. Face au parti de l'ordre, c'était nécessairement les réformateurs demi-conservateurs, demi-révolutionnaires et tout à fait utopiques de cet ordre qui devaient tout d'abord être poussés en tête.

Le parti du National, les « amis de la Constitution quand même », « les républicains purs et simples » furent complètement battus aux élections. Une infime minorité d'entre eux fut envoyée à la Chambre législative. Leurs chefs les plus notoires disparurent de la scène, même Marrast, le rédacteur en chef et l'Orphée de la République honnête.

Le 29 mai, l'Assemblée législative se réunit; le 11 juin, la collision du 8 mai se renouvela. Ledru-Rollin déposa, au nom de la Montagne, une demande de mise en accusation du président et du ministère pour violation de la Constitution à cause du bombardement de Rome. Le 12 juin, l'Assemblée législative rejeta la demande de mise en accusation, tout comme l'Assemblée constituante l'avait rejetée le 11 mai, mais cette fois, le prolétariat poussa la Montagne dans la rue, non pas, cependant, pour le combat de rue, mais pour la procession de rue. Il suffit de dire que la Montagne était à la tête de ce mouvement pour qu'on sache que le mouvement fut vaincu et que juin 1849 fut une caricature, aussi ridicule qu'indigne, de juin 1848. La grande retraite du 13 juin ne fut éclipsée que par le récit encore plus grand de la bataille par Changarnier, le grand homme qu'improvisa le parti de l'ordre. Chaque époque sociale a besoin de ses grands hommes et si elle ne les trouve pas, elle les invente, comme dit Helvétius.

Le 20 décembre, il n'existait plus qu'une moitié de la République bourgeoise constituée, le président; le 29 mai, elle fut complétée par l'autre moitié, par l'Assemblée législative. En juin 1848, la République bourgeoise qui se constituait avait gravé son acte de naissance sur les tables de l'histoire par une bataille indicible contre le prolétariat, en juin 1849, la République bourgeoise constituée le fit par une comédie inénarrable, jouée avec la petite bourgeoisie. Juin 1849 fut la Némésis [42] de juin 1848. En juin 1849, ce ne furent pas les ouvriers qui furent vaincus, mais les petits bourgeois placés entre eux et la révolution qui furent défaits. Juin 1849, n'était pas la tragédie sanglante entre le travail salarié et le capital, mais le spectacle abondant en scènes d'emprisonnement, le spectacle lamentable entre le débiteur et le créancier. Le parti de l'ordre avait vaincu, il était tout-puissant, il lui fallait maintenant montrer ce qu'il était.



[22] Montagnards, c'est ainsi que s'appelaient, à l'époque de la révolution de 1848, les représentants des démocrates petits-bourgeois à l'Assemblée constituante et à l'Assemblée législative. Cette appellation était empruntée à l'époque de la grande Révolution française où on nommait l'aile gauche de la Convention les montagnards, parce que ces députés de gauche siégeaient à la Convention au fond sur les bancs les plus élevés. « Le parti de la Montagne, en 1848, par contre, représentait une masse oscillant entre la bourgeoisie et le prolétariat. » (Marx.) Elle n'était qu'une parodie pitoyable de la Montagne. La Réforme, organe du Parti de la Montagne en 1848.
[23] En ce qui concerne le terrain historique qui produisit en France un Cavaignac, Lénine écrivit dans son article : « De quelle classe viennent et viendront les Cavaignac ? » (juillet 1917) : « Souvenons-nous du rôle de classe de Cavaignac. La monarchie française avait été renversée en février 1848. Les républicains bourgeois étaient au pouvoir. Comme nos cadets, ils voulaient l' « ordre », appelant de ce nom la restauration et la consolidation des instruments monarchiques d'oppression des masses : police, armée permanente, corps de fonctionnaires privilégiés. Détestant le prolétariat révolutionnaire avec ses aspirations « sociales », (c'est-à-dire socialistes) alors encore très confuses, ils entendaient, comme nos cadets, mettre un terme à la révolution. Comme nos cadets, ils vouaient une haine sans merci à la politique de diffusion de la révolution française par toute l'Europe, de transformation de la révolution française en une révolution prolétarienne mondiale. Comme nos cadets, ils surent exploiter habilement le « socialisme » petit-bourgeois de Louis Blanc, en faisant de ce dernier un ministre et en le transformant de chef ouvrier qu'il voulait être, en un auxiliaire, un valet de la bourgeoisie.Tels étaient les intérêts de classe, l'attitude et la politique de la classe dirigeante. La petite bourgeoisie représentait une autre force sociale d'une importance capitale, mais hésitante, terrorisée par le spectre rouge, influencée par les clameurs élevées contre les « anarchistes ». Rêveuse dans ses aspirations et éprise de rhétorique « socialiste », se qualifiant volontiers de « démocratie socialiste » (jusqu'à ce terme qui est repris textuellement aujourd'hui par les socialistes révolutionnaires conjointement avec les mencheviks !) la petite bourgeoisie craignit de faire confiance à la direction du prolétariat révolutionnaire, sans comprendre que cette crainte la condamnait à faire confiance à la bourgeoisie. Car il ne peut pas y avoir de ligne « moyenne » dans une société au sein de laquelle la bourgeoisie et le prolétariat se livrent une lutte de classe acharnée, surtout quand cette lutte est inéluctablement aggravée par la révolution. Or, le propre de l'attitude de classe et des aspirations de la petite bourgeoisie, c'est de vouloir l'impossible, de rechercher l'impossible, bref cette ligne « moyenne ». Le prolétariat était la troisième force de classe décisive, aspirant non à une « réconciliation » avec la bourgeoisie, mais à la victoire sur cette dernière, à la progression hardie de la révolution, et ce, sur un plan international. Voilà les circonstances historiques objectives qui engendrèrent Cavaignac. La petite bourgeoisie fut « écartée », par suite de ses hésitations, de tout rôle actif, et mettant à profit la crainte qu'elle avait de se fier au prolétariat, le général Cavaignac, cadet français, entreprit de désarmer les ouvriers parisiens et de les fusiller en masse. La révolution se solda par ces fusillades historiques; la petite bourgeoisie, numériquement la plus nombreuse, était et resta politiquement impuissante, à la remorque de la bourgeoisie; trois ans après, la monarchie césariste était restaurée en France sous lune forme particulièrement odieuse. » (V. I. LÉNINE: Œuvres complètes, tome 25, pp. 93-94, Éditions sociales, Paris, 1957).
[24] Le Journal des débats, organe du « parti de l'ordre ».
[25] « Il faut détruire Carthage », phrase par laquelle Caton, homme d'État de l'ancienne Rome, avait l'habitude de terminer ses discours au Sénat. Il demandait la destruction de Carthage, en Afrique du Nord qui faisait une concurrence commerciale à Rome.
[26] Les décisions du congrès de Vienne des grandes puissances européennes (1814-1815) revêtaient un caractère réactionnaire accentué. Elles avaient pour but la restauration du système politique qui existait avant la Révolution française et avant Napoléon ler, et le rétablissement des frontières de la France de 1792.
[27] Il s'agit de l'État idéal tel que le décrit le philosophe grec Platon (427-348 avant notre ère) dans son dialogue la République, et dans son ouvrage les Lois.
[28] Saül fut le premier roi d'Israël, et David le second. Saül avait fait du berger David son favori et son gendre. Mais jaloux des succès de celui-ci il le pourchassa dans les montagnes. Il fut finalement battu par David qui lui succéda.
[29] Allusion aux armoiries des Bourbons.
[30] Effrayé par l'insurrection populaire qui éclatait, Louis-Philippe congédia le 23 février le ministère Guizot et institua le 24 au matin le ministère Odilon Barrot.
[31] Midas. Roi phrygien légendaire. Selon la légende, dans un concours musical entre Apollon et Pan il donna le prix à ce dernier; Apollon irrité le gratifia d'oreilles d'âne (de là les oreilles de Midas).
[32] Soulouque : Président de la République nègre d'Haïti qui, imitant Napoléon ler, se fit proclamer en 1850 empereur d'Haïti, s'entoura de tout un état-major de maréchaux et de généraux nègres, organisa sa cour sur le modèle français. Le peuple saisit avec esprit cette ressemblance en donnant à Louis Bonaparte le sobriquet de « Soulouque français ».
[33] Toussaint Louverture (1748-1803) : Chef d'une insurrection à Saint-Domingue, de 1796-1802; fait prisonnier par les troupes françaises, il fut enfermé dans la forteresse de Joux où il mourut.
[34] Héros d'une épopée de l'écrivain italien l'Arioste (1474-1533).
[35] Monk (1608-1669), général anglais : à l'époque de la grande révolution anglaise, il restaura l'ancienne dynastie des Stuarts et étouffa la révolution.
[36] Intimidée par la menace de dissolution et par la manifestation militaire organisée le 29 janvier par Louis Bonaparte, l'Assemblée n'eut pas le courage de refuser catégoriquement la proposition de Rateau et elle adopta un amendement selon lequel l'Assemblée constituante devait se dissoudre aussitôt après la publication des lois sur le Conseil d'État, sur la responsabilité du président et de ses ministres et sur le droit électoral.
[37] Civita Vecchia, port italien et forteresse dans le voisinage de Rome, occupée par la garnison française chargée de protéger les États pontificaux contre les mouvements populaires.
[38] Fouquier-Tinville (1746-1795): Accusateur public du tribunal révolutionnaire constitué le 10 mars 1793, mena une lutte impitoyable contre les ennemis de la révolution et appliqua la terreur révolutionnaire.
[39] Procès des participants aux événements du 15 mai 1848 qui furent accusés de complot contre le gouvernement. Devant le tribunal qui siégea dans la ville de Bourges, se trouvaient les représentants du prolétariat (Blanqui, Barbès) ainsi qu'une partie de la Montagne. Barbès, Albert Deflotte, Sobrier et Raspail furent condamnés à l'exil. La même sentence fut rendue contre Louis Blanc et Caussidière, Lavison et Hubert, qui étaient absents. Blanqui fut condamné à dix ans de cellule. Étant donné sa maladie, on espérait que ce délai suffirait pour le mener au tombeau.
[40] Général Bréa : Commandant d'un détachement qui écrasa l'insurrection de Juin du prolétariat parisien, fut tué le 25 juin par les insurgés à Fontainebleau. Pour ce fait on exécuta deux insurgés.
[41] Louis Blanc et Caussidière furent accusés de participation aux événements du 15 mai et à l'insurrection de juin 1848 et traduits en justice. Après les journées de Juin ils émigrèrent à l'étranger, et la contre-révolution, prise de folie furieuse, dut se contenter de clouer au pilori leurs portraits.
[42] Némésis : déesse de la vengeance dans la mythologie gréco-latine.

El 25 de febrero de 1848 había concedido a Francia la república, el 25 de junio le impuso la revolución. Y desde Junio, revolución significaba: subversión de la sociedad burguesa, mientras que antes de Febrero había significado: subversión de la forma de gobierno.

El combate de Junio había sido dirigido por la fracción republicana de la burguesía. Con la victoria, necesariamente tenía que caer en sus manos el poder. El estado de sitio puso a sus pies, sin resistencia, al París agarrotado. Y en las provincias imperaba un estado de sitio moral, la arrogancia del triunfo, amenazadora y brutal, de los burgueses y el fanatismo de la propiedad desencade nado entre los campesinos.

¡Desde abajo no había, por tanto, nada que temer!

Al quebrarse la fuerza revolucionaria de los obreros se quebró también la influencia política de los republicanos demócratas, es decir, de los republicanos pequeñoburgueses, representados en la comisión ejecutiva por Ledru­Rollin, en la Asamblea Nacional Constituyente por el partido de la Montaña y en la prensa por La Réforme [74] .

Junto con los republicanos burgueses habían conspirado contra el proletariado el 16 de abril [75] , y junto con ellos habían luchado contra el proletariado en las jornadas de Junio. De este modo, destruyeron ellos mismos el fondo sobre el que su partido se destacaba como una potencia, pues la pequeña burguesía solo puede afirmar una posición revolucionaria contra la burguesía mientras tiene detrás de sí al proletariado. Se les dio el pasaporte. La alianza aparente que, de mala gana y con segunda intención, se había pactado con ellos durante la época del gobierno provisional y de la comisión ejecutiva fue rota abierta mente por los republicanos burgueses. Despreciados y rechazados como aliados, descendieron al papel de satélites de los tricolores, a los que no podían arrancar ninguna concesión y cuya domina ción tenían necesariamente que apoyar cuantas veces esta, y con ella la república, parecía peligrar ante los ataques de las fracciones monárquicas de la burguesía. Finalmente, estas fraccio nes —los orleanistas y los legitimistas— se hallaban desde un principio en minoría en la Asamblea Nacional Constituyente. Antes de las jornadas de Junio no se atrevían a manifestarse más que bajo la careta del republicanismo burgués. La victoria de Junio hizo que toda la Francia burguesa saludase por un momento en Cavaignac a su redentor, y cuando, poco después de las jornadas de Junio, el partido monárquico volvió a cobrar su persona lidad independiente, la dictadura militar y el estado de sitio en París solo le permitieron extender los tentáculos con mucha timi dez y gran cautela.

Desde 1830, la fracción republicano­burguesa se agrupaba, con sus escritores, sus tribunos, sus talentos, sus ambiciosos, sus diput ados, generales, banqueros y abogados, en torno a un periódico de París, en torno a Le National. En provincias, este diario tenía sus periódicos filiales. La pandilla de Le National era la dinastía de la re pública tricolor. Se adueñó inmediatamente de todos los puestos dirigentes del Estado, de los ministerios, de la prefectura de polic ía, de la dirección de correos, de los cargos de prefecto, de los altos puestos de mando del ejército que habían quedado vacantes. Al frente del poder ejecutivo estaba Cavaignac, su general. Su redac tor jefe, Marrast, asumió con carácter permanente la presidencia de la Asamblea Nacional Constituyente. Al mismo tiempo, como maestro de ceremonias en sus recepciones, hacía los honores en nom bre de la república “honesta”.

Hasta los escritores franceses revolucionarios corroboraron, por una especie de temor reverente ante la tradición republicana, la idea errónea de que los monárquicos dominaban en la Asamblea Nacional Constituyente. Sin embargo, desde las jornadas de Junio la Asamblea Constituyente, que siguió siendo la representante exclusiva del republicanismo burgués, destacaba tanto más decididamente este aspecto cuanto más se desmoronaba la influencia de los republicanos tricolores fuera de la Asamblea. Si se trataba de afirmar la forma de la república burguesa, disponía de los votos de los republicanos demócratas; si se trataba del contenido, ya ni el lenguaje la separaba de las fracciones burguesas monárquicas, pues los intereses de la burguesía, las condiciones materiales de su dominación y de su explotación de clase, son los que forman precisamente el contenido de la república burguesa. No fue, pues, el monarquismo, sino el republicanismo burgués el que se realizó en la vida y en los hechos de esta Asamblea Constituyente, que a la postre no se murió ni la mataron, sino que acabó pudriéndose.

Durante todo el tiempo de su dominación, mientras en el proscenio se representaba para el respetable público la función solemne, al fondo de la escena tenían lugar inmolaciones ininterrumpidas: las continuas con denas en tribunal de guerra de los insurrectos de Junio hechos prisioneros o su deportación sin formación de causa. La Asamblea Constituyente tuvo el tacto de confesar que, en los insurrectos de Junio, no juzgaba a criminales, sino que aplastaba a enemigos.

El primer acto de la Asamblea Nacional Constituyente fue el nombramiento de una comisión investigadora sobre los suce sos de Junio y del 15 de mayo, y sobre la participación en estas jornadas de los dirigentes de los partidos socialista y demócrata. Esta investigación apuntaba directamente contra Luis Blanc, Ledru­ Rollin y Caussidière. Los republicanos burgueses ardían de impaciencia por deshacerse de estos rivales. Y no podían encomendar la ejecución de su odio a sujeto más adecuado que el señor Odilon Barrot, antiguo jefe de la oposición dinástica, el liberalismo personificado, la nulidad solemne, la superficialidad profunda, que no tenía que vengar solamente a una dinas tía, sino pedir cuentas a los revolucionarios por haberle frustrado una presidencia del Consejo de Ministros: garantía segura de que sería inexorable. Se nombró, pues, a este Barrot presidente de la comisión investigadora, y montó contra la revolución de Febrero un proceso completo, que puede resumirse así: 17 de marzo, manifestación; 16 de abril, complot; 15 de mayo, atentado; 23 de junio, ¡guerra civil! ¿Por qué no hizo extensivas sus investigaciones eruditas y criminalistas al 24 de febrero? Le Journal des Débats [76] contestó: el 24 de febrero es la fundación de Roma. Los orígenes de los Estados se pierden en un mito, en el que hay que creer y que no se puede discutir. Luis Blanc y Caussidière fueron entregados a los tribuna les. La Asamblea Nacional completó la obra de autodepuración comenzada el 15 de mayo.

El plan concebido por el gobierno pro visional, y recogido por Goudchaux [77] , de crear un impuesto sobre el capital —en forma de impuesto sobre las hipotecas— fue rechazado por la Asamblea Constituyente; la ley que limitaba la jornada de trabajo a diez horas, fue derogada; la prisión por deudas, restablecida; los analfabetos, que constituían la mayor parte de la población francesa, fueron incapacitados para el jurado. ¿Por qué no también para el sufragio? Volvió a implantarse la fianza para los periódicos y se restringió el derecho de asociación.

Pero, en su prisa por restituir al viejo régimen burgués sus antiguas garantías y por borrar todas las huellas que habían dejado las olas de la revolución, los republicanos burgueses chocaron con una resistencia que les amenazó con un peligro inesperado. Nadie había luchado más fanáticamente en las jornadas de Junio por la salvación de la propiedad y el restablecimiento del crédito que el pequeñoburgués de París: los dueños de cafés, los propietarios de restaurantes, los taberneros, los pequeños comerciantes, los tenderos, los artesanos, etc. La tienda se puso en pie y marchó contra la barricada para restablecer la circulación, que lleva al público de la calle a la tienda. De un lado de la barricada estaban los clientes y los deudores; del otro, los acreedores del tendero. Y cuando, después de deshechas las barricadas y de ser aplastados los obreros, los dueños de las tiendas, ebrios de victoria, retornaron a ellas, se encontraron en la puerta, a guisa de barricada, a un salvador de la propiedad, a un agente oficial del crédito, que les alargaba unos papeles amenazadores: Las letras vencidas! Las rentas vencidas! Los préstamos vencidos! Vencidos también la tienda y el tendero!!

Salvación de la propiedad! Pero la casa que habitaban no era propiedad de ellos; la tienda que guardaban no era propiedad de ellos; las mercancías con que negociaban no eran propiedad de ellos. Ni el negocio, ni el plato en que comían, ni la cama en que dormían eran ya suyos. Frente a ellos precisamente era frente a quienes había que salvar esta propiedad para el casero que les alquilaba la casa, para el banquero que les descontaba las letras, para el capitalista que les anticipaba el dinero, para el fabricante que confiaba las mercancías a estos tenderos para que se las vendieran, para el comerciante al por mayor que daba a crédito a estos artesanos las materias primas. Restablecimiento del crédito! Pero el crédito, nuevamente consolidado, se comportaba como un dios viviente y celoso, arrojando de entre sus cuatro paredes, con mujer e hijos, al deudor insolvente, entregando sus ilusorios bienes al capital y arrojándole a aquella cárcel de deudores que había vuelto a levantarse, amenazadora, sobre los cadáveres de los in surrectos de Junio.

Los pequeñoburgueses se dieron cuenta, con espanto, de que, al aplastar a los obreros, se habían puesto mansamente en manos de sus acreedores. Su bancarrota, que pasaba desapercibida, aun que desde Febrero venía arrastrándose como una enfermedad crónica, después de Junio se declaró abiertamente. No se había tocado su propiedad nominal mientras se trataba de empujarlos al campo de batalla en nombre de la propiedad. Ahora, cuando ya el gran pleito con el proletariado estaba ventilado, podía ventilarse también el pequeño pleito con el tendero. En París, la masa de las deudas reclamadas pasaba de 21 millones de francos y en provincias de 11 millones. Los dueños de más de 7.000 negocios de París no habían pagado sus alquileres desde febrero.

Si la Asamblea Nacional había abierto una investigación sobre el delito político a partir de Febrero, los pequeñoburgueses, por su parte, exigieron ahora que se abriese también una investigación sobre las deudas civiles hasta el 24 de febrero. Se reunieron en masa en el vestíbulo de la Bolsa y exigieron, en términos amena zadores, que a todo comerciante que pudiese probar que solo había quebrado a causa de la paralización de los negocios originada por la revolución, y que el 24 de febrero su negocio marchaba bien, se le prorrogase el término de vencimiento por fallo del tribunal comercial y se obligase al acreedor a retirar la demanda por un tanto por ciento prudencial. Presentado como propuesta de ley, la Asamblea Nacional trató el asunto bajo la forma de concordats à l’amiable [78] . La Asamblea estaba vacilante; pero de pronto supo que, al mismo tiempo en la Puerta de Saint Denis miles de mujeres y niños de los insurrectos preparaban una petición de amnistía. Ante el espectro resurgido de Junio, los pequeñoburgueses se echaron a temblar y la Asamblea volvió a sentirse inexorable. Los concordats à l’amiable entre acreedores y deudores fueron rechazados en sus puntos más esenciales.

Y así, cuando ya hacía tiempo que los representantes demócratas de los pequeñoburgueses habían sido rechazados en la Asam blea Nacional por los representantes republicanos de la burguesía, esta rup tura parlamentaria cobró un sentido burgués, real, econó mico, al ser entregados los pequeñoburgueses, como deudores, a merced de los burgueses, como acreedores. Una gran parte de los primeros quedó arruinada y el resto solo pudo continuar el negocio bajo condiciones que le convertían en un siervo absoluto del capital.

El 22 de agosto de 1848, la Asamblea Nacional rec hazó los concordats à l’amiable; el 19 de septiembre de 1848, en pleno estado de sitio, fueron elegidos representantes de París el príncipe Luis Bonaparte y el comunista Raspail, preso en Vincenn es, a la vez que la burguesía elegía al usurero Fould, banquero y orleanista. Así, de todas partes y simultáneamente, surgía una dec laración abierta de guerra contra la Asamblea Nacional Constitu yente, contra el republicanismo burgués y contra Cavaignac.

Sin largas explicaciones, se comprende que la bancarrota en masa de los pequeñoburgueses de París tenía que repercutir mucho más allá de los directamente afectados y desquiciar una vez más el comercio burgués, al mismo tiempo que volvía a crecer el dé ficit del Estado por el coste de la revolución de Junio y disminuían sin cesar los ingresos públicos, la producción estaba paralizada, el consumo restringido y la importación disminuyendo. Cavaignac y la Asamblea Nacional solo podían acudir a un nuevo empréstito, que les habría de someter todavía más al yugo de la aristocracia financiera.

Si los pequeñoburgueses habían cosechado, como fruto de la victoria de Junio, la bancarrota y la liquidación judicial, los jeníz aros [79] de Cavaignac, los guardias móviles, encontraron su re compen sa en los dulces brazos de las prostitutas elegantes y recibieron, ellos, “los jóvenes salvadores de la sociedad”, aclamac iones de todo género en los salones de Marrast, el gentilhombre de los tricolores, que hacía a la vez de anfitrión y de trovador de la rep ública honesta. Al mismo tiempo, estas preferencias sociales y el sueldo incomparablemente más elevado de los guardias móviles irritaban al ejército, a la par que desaparecían todas las ilusiones nacionales con que el republicanismo burgués, por medio de su periódico Le National, había sabido captar, bajo Luis Felipe, a una parte del ejército y del campesinado. El papel de media dores que Cavaignac y la Asamblea Nacional desempeñaron en el norte de Italia, para traicionarlo a favor de Austria de acuerdo con Inglaterra, anuló en un solo día de poder dieciocho años de oposi ción de Le National. Ningún gobierno había sido tan poco nacional como el de Le National; ninguno más sumiso a Inglaterra, y eso que bajo Luis Felipe Le National vivía de parafrasear a diario las pala bras catonianas Ceterum censeo Carthaginem esse delendam [80] ; ninguno más serv il con la Santa Alianza, y eso que había exigido a Guizot que rompiese los tratados de Viena. La ironía de la historia hizo de Bastide, antiguo redactor de asuntos extranjeros de Le National, min istro de Negocios Extranjeros de Francia, para que pudiera desmentir cada uno de sus artículos con cada uno de sus despachos.

El ejército y los campesinos creyeron, por un instante, que con la dictadura militar se ponía en el orden del día la guerra en el exterior y la gloria. Pero Cavaignac no era la dictadura del sable sobre la sociedad burguesa; era la dictadura de la burguesía por medio del sable. Y lo único que por ahora necesi taba del soldado era el gendarme. Cavaignac escondía, detrás de los rasgos severos de una austeridad propia de un republicano de la antigüedad, la vulgar sumisión a las condiciones humillantes de su cargo burgués. L’argent n’a pas de maître! El dinero no tiene amo! Cavaignac, como la Asamblea Constituyente en general, ide alizó este viejo lema del Tercer Estado, traduciéndolo al lenguaje político: la burguesía no tiene rey; la verdadera forma de su domi nación es la república.

Y la “gran obra orgánica” de la Asamblea Nacional Constituyente consistía en elaborar esta forma, en fabricar una constitu ción republicana. El deshacerse del calendario cristiano para bautizar lo de re publicano, el trocar San Bartolomé [81] en San Robesp ierre, no hizo cambiar el viento ni el tiempo más de lo que esta Constitución modificó o debía modificar la sociedad burguesa. Allí donde hacía algo más que cambiar el traje, se limitaba a levantar acta de los hechos existentes. Así, registró solemnemente el hecho de la república, el hecho del sufragio universal, el hecho de una Asamblea Nacional única y soberana en lugar de las dos cámaras constitucionales con facultades limitadas. Registró y legalizó el hecho de la dictadura de Cavaignac, sustituyendo la monarquía hereditaria, fija e irresponsable, por una monarquía electiva, temporal y responsable, por una presidencia reeleg ible cada cuatro años. Y elevó, asimismo, a precepto constitucional el hecho de los poderes especiales con que la Asamblea Nacional, después de los horrores del 15 de mayo y del 25 de junio, había investido previsoramente a su presidente, en in terés de la propia seguridad. El resto de la Constitución fue una cuestión de terminología. Se arrancaron las etiquetas monárquicas y en su lugar se pegaron otras republicanas. Marrast, antiguo redactor jefe de Le National, ahora redactor jefe de la Constitución, cumplió, no sin talento, este cometido académico.

La Asamblea Constituyente se parecía a aquel funcionario chileno que se empeñaba en fijar con ayuda de una medición catastral los límites de la propiedad territorial en el preciso instante en que los ruidos subterráneos habían anunciado ya la erupción volcánica que haría saltar el suelo bajo sus pies. Mientras en teoría la Asamblea trazaba con compás las formas en que había de expresarse republicanamente la dominación de la burguesía, en la práctica solo se imponía por la negación de todas las fórmulas, por la violencia desnuda, por el estado de sitio. Dos días antes de comenzar su labor constitucional, proclamó su prórroga. Antes, las constituciones se hacían y se aprobaban tan pronto como el proceso de revolución social llegaba a un punto de equilibrio, las relaciones de clase recién formadas se consolidaban y las fracciones en pugna de la clase dominante se acogían a un arreglo que les permitía proseguir la lucha entre sí y, al mismo tiempo, excluir de ella a la masa agotada del pueblo. En cambio, esta Constitución no sancionaba ninguna revolución social, sancionaba la victoria momen tánea de la vieja sociedad sobre la revolución.

En el primer proyecto de Constitución, redactado antes de las jornadas de Junio [82] , figuraba todavía el droit au travail, el derecho al trabajo, esta primera fórmula, torpemente enunciada, en que se resumen las reivindicaciones revolucionarias del proletariado. Ahora se convertía en el droit à l’assistance, en el derecho a la asistencia pública, y ¿qué Estado moderno no alimenta, en una u otra forma, a sus pobres? El derecho al trabajo es, en el sentido burgués, un contrasentido, un mezquino deseo piadoso, pero detrás del derecho al trabajo está el poder sobre el capital, y detrás del poder sobre el capital la apropiación de los medios de producción, su sumisión a la clase obrera asociada, y, por consiguiente, la abolición tanto del trabajo asalariado como del capital y de sus relaciones mutuas. Detrás del derecho al trabajo estaba la revolución de Junio. La Asamblea Constituyente, que de hecho había colocado al proletariado revolucionario fuera de la ley, tenía, por principio, que excluir esta fórmula de la Constitución, ley de las leyes; tenía que poner su anatema sobre el derecho al trabajo. Pero no se detuvo aquí. Lo que Platón hizo en su República con los poetas lo hizo ella en la suya con el impuesto progresivo: desterrarlo para toda la eternidad. Y el impuesto progresivo no solo era una medida burguesa aplicable en mayor o menor escala dentro de las relaciones de producción existentes; era, además, el único medio de captar para la república honesta a las capas medias de la sociedad burguesa, de reducir la deuda pública, de tener en jaque a la mayoría monárquica de la burguesía.

Con ocasión de los concordats à l’amiable, los republicanos tricolores sacrificaban efectivamente la pequeña burguesía a la grande. Y este hecho aislado lo elevaron a principio, prohibiendo por vía le gislativa el impuesto progresivo. Dieron a la reforma burguesa el mismo trato que a la revolución proletaria. Pero, ¿qué clase quedaba entonces como puntal de su república? La gran burguesía. Y la masa de esta era monárquica. Si explotaba a los republicanos de Le National para volver a consolidar las viejas relaciones en la vida económica, de otra parte abrigaba el designio de explotar este régimen social nuevamente fortalecido para restaurar las formas políticas con él congruentes. Ya a principios de octubre Cavaignac se vio obligado, a pesar de los gruñidos y el alboroto de los puritanos sin seso de su propio partido, a nombrar ministros de la república a Dufaure y V ivien, antiguos ministros de Luis Felipe.

Mientras rechazaba toda transacción con la pequeña burguesía y no sabía captar para la nueva forma de gobierno a ningún elemento nuevo de la sociedad, la Constitución tricolor se apresuró, en cambio, a devolver la intangibilidad tradicional a un cuerpo en el que el viejo Estado tenía sus defensores más rabiosos y fanáticos. Elevó a ley constitucional la inamovilidad de los jueces, puesta en tela de juicio por el gobierno provisional. El rey que ella había destronado, que era uno solo, renacía por centenares en estos inamovibles inquisidores de la legalidad. La prensa francesa ha analizado en sus muchos aspectos las contradicciones de la Constitución del señor Marrast; por ejemplo, la coexistencia de dos soberanos: la Asamblea Nacional y el presidente, etc.

Pero la contradicción de más envergadura de esta Constitución consiste en lo siguiente: mediante el sufragio universal, otorga la pose sión del poder político a las clases cuya esclavitud social debe eternizar: al proletariado, a los campesinos, a los pequeñoburgueses. Y a la clase cuyo viejo poder social sanciona, a la burguesía, la priva de las garantías políticas de este poder. Encierra su dominación política en el marco de unas condiciones democráticas que en todo momento son un factor para la victoria de las clases enemigas y ponen en peligro los fundamentos mismos de la sociedad burguesa. Exige de los unos que no avancen, pasando de la emancipación política a la social; y de los otros que no retrocedan, pasando de la restauración social a la política.

Estas contradicciones tenían sin cuidado a los republicanos burgueses. A medida que dejaban de ser indispensables —y solo fueron indispensables como campeones de la vieja sociedad contra el proletariado revolucionario— se iban hundiendo y, a las pocas semanas de su victoria, pasaban del nivel de un partido al nivel de una pandilla. Manejaban la Constitución como una gran intriga. Lo que en ella había de constituirse era, ante todo, la dom inación de la pandilla. El presidente había de seguir siendo Ca vaignac, y la Asamblea Legislativa, la Constituyente prorrogada. Confiaban en lograr reducir a una ficción el poder político de las masas del pueblo y en saber manejar lo bastante esta ficción para amenazar constantemente a la mayoría de la burguesía con el di lema de las jornadas de Junio: o el reino de Le National o el reino de la anarquía.

La obra constitucional, comenzada el 4 de septiembre, se terminó el 23 de octubre. El 2 de septiembre, la Constituyente acordó no disolverse hasta no haber promulgado las leyes orgánicas complementarias de la Constitución. No obstante, ya el 10 de diciembre, mucho antes de que estuviese cerrado el ciclo de su propia actua ción, se decidió a dar vida a su criatura más entrañable: al presidente. Tan segura estaba de poder saludar en el homúnculo [83] de la Constitución al “hijo de su madre”. Por precaución, se dispuso que si ninguno de los candidatos reunía dos millones de votos la elección pasaría de la nación a la Constituyente.

Inútil precaución! El primer día en que se puso en práctica la Constitución fue el último día de la dominación de la Constituyente. En el fondo de la urna electoral estaba su sentencia de muerte. Buscaba al “hijo de su madre” y se encontró con el “sobrino de su tío”. El Saúl Cavaignac consiguió un millón de votos, pero el David Napoleón obtuvo seis millones. Seis veces fue derrotado el Saúl Cavaignac [84] .

El 10 de diciembre de 1848 fue el día de la insurrección de los campesinos. Hasta este día no empezó Febrero para los campesinos franceses. El símbolo que expresa su entrada en el movimiento revolucionario, torpe y astuto, pícaro y cándido, majadero y sublime, de superstición calculada, de burla patética, de anacronismo genial y necio, bufonada histórico­universal, jeroglífico indescifrable para la inteligencia de hombres civilizados, este símbolo ostentaba inequívocamente la fisonomía de la clase que representaba la barbarie dentro de la civilización. La república se había presentado ante esta clase con el recaudador de impuestos; ella se presentó ante la república con el emperador. Napoleón había sido el único hombre que había representado íntegramente los intereses y la fantasía de la clase campesina, recién creada en 1789. Al inscribir su nombre en el frontispicio de la república, el campesinado declaró la guerra exterior e hizo valer en el interior sus intereses de clase. Para los campesinos, Napoleón no era una persona, sino un programa. Con música y banderas, fueron a las urnas al grito de: ¡Basta de impuestos, abajo los ricos, abajo la república, viva el emperador! Detrás del emperador se escondía la guerra de los campesinos. La república que derribaban con sus votos era la república de los ricos.

El 10 de diciembre fue el golpe de Estado de los campesinos, que derribó el gobierno existente. Y desde este día, en que quitaron a Francia un gobierno y le dieron otro, sus miradas se clavaron en París. Personajes activos del drama revolucionario, ya no se les podía volver a reducir al papel pasivo y sumiso del coro.

Las demás clases contribuyeron a completar la victoria electoral de los campesinos. Para el proletariado, la elección de Napoleón era la destitución de Cavaignac, el derrocamiento de la Constituyente, la abdicación del republicanismo burgués, la cancelación de la victoria de Junio. Para la pequeña burguesía, Napoleón era la dominación del deudor sobre el acreedor. Para la mayoría de la gran burguesía, la elección de Napoleón era la ruptura abierta con la fracción de la que habían tenido que servirse durante un tiempo contra la revolución, pero que se hizo insoportable tan pronto como quiso consolidar sus posiciones como posiciones constitucionales. Napoleón en el lugar de Cavaignac era, para ella, la monarquía en lugar de la república, el comienzo de la restauración monárquica, el Orleans tímidamente insinuado, la flor de lis escondida entre violetas [85] . Finalmente, el ejército, al votar a Napoleón, votaba contra la Guardia Móvil, contra el idilio de la paz, por la guerra.

Y así vino a resultar, como dijo la Nueva Gaceta Renana, que el hombre más simple de Francia adquirió la significación más compleja [86] . Precisamente porque no era nada, podía significarlo todo, menos a sí mismo. Sin embargo, por muy distinto que pudiese ser el sentido que el nombre de Napoleón llevaba aparejado en boca de las diversas clases, todos escribían con este nombre en su papeleta electoral: ¡Abajo el partido de Le National, abajo Cavaignac, abajo la Constituyente, abajo la república burguesa! El min istro Dufaure lo declaró públicamente en la Asamblea Constituyente: el 10 de diciembre es un segundo 24 de febrero.

La pequeña burguesía y el proletariado habían votado en bloque a favor de Napoleón para votar en contra de Cavaignac y para, con la unidad de sus votos, quit ar a la Constituyente la posibilidad de una decisión definitiva. Sin embargo, la parte más avanzada de ambas clases presentó candidatos propios. Napoleón era el nombre común de todos los partidos coligados contra la república burguesa; Ledru­Rollin y Raspail, los nombres propios: aquel, el de la pequeña burguesía democrática; este, el del proletariado revolucionario. Los votos emitidos a favor de Raspail —los proletarios y sus portavoces socialistas lo declararon a los cuatro vientos— solo perseguían fines demostrativos: eran otras tantas protestas contra toda magistratura presidencial, es decir, contra la misma Constitución, y otros tantos votos contra Ledru­Rollin. Fue el primer acto con que el proletariado se desprendió, como partido político independiente, del partido demócrata. En cambio, este partido —la pequeña bur guesía democrática y su representante parlamentario, la Montaña— tomaba la candidatura de Ledru­Rollin con toda la solemne seried ad con que acostumbraba a engañarse a sí mismo. Fue este, por lo demás, su último intento de actuar frente al proletariado como un partido independiente. El 10 de diciembre no salió derrotado sola mente el partido burgués republicano; salieron derrotadas también la pequeña burguesía democrática y su Montaña.

Ahora, Francia tenía una Montaña al lado de un Napoleón, prueba de que ambos no eran más que caricaturas sin vida de las grandes realidades cuyos nombres ostentaban. Luis Napoleón, con su sombrero imperial y su águila, no parodiaba más lamentable mente al viejo Napoleón que la Montaña a la vieja Montaña con sus frases copiadas de 1793 y sus posturas demagógicas. De este modo, la fe en la tradición de 1793 fue abandonada al mismo tiempo que la fe tradicional en Napoleón. La revolución no llegó a ser revolución hasta que no se ganó su nom bre propio y original, y esto solo estuvo a su alcance cuando se destacó en primer plano, dominante, la clase revolucionaria moderna, el proletariado industrial. Puede decirse que el 10 de diciembre dejó atónita a la Montaña y la hizo dudar de su propia salud mental, porque con una burda farsa aldeana rom pía, riéndose, la analogía clásica con la vieja revolución.

El 20 de diciembre Cavaignac abandonó su cargo y la Asam blea Constituyente proclamó a Luis Napoleón presidente de la república. El 19 de diciembre, último día de su autocracia, la Asamblea rechazó la propuesta de amnistía para los insurrectos de Junio. Revocar el decreto del 27 de junio, por el que, esquiv ando la sentencia judicial, se había condenado a la deportación a 15.000 insurrectos, ¿no hubiera equivalido a desautorizar la misma matanza de Junio?

Odilon Barrot, el último presidente del Consejo de Ministros de Luis Felipe, fue el primero de Luis Napoleón. Y del mismo modo que Luis Napoleón no databa su mandato el 10 de diciembre, sino en la fecha de un senadoconsulto de 1804 [87] , encontró un presidente del Consejo de Ministros que no consideraba el 20 de diciembre como fecha del comienzo de su gobierno, sino que lo remontaba a la promulgación de un real decreto del 24 de febrero. Como legítimo heredero de Luis Felipe, Luis Napoleón amortiguó el cambio de gobierno conservando su viejo primer ministro que, por lo demás, no había tenido tiempo de desgastarse, por la sencilla razón de que no había tenido tiempo de empezar a vivir. Los dirigentes de las fracciones burguesas monárquicas le aconsejaron tomar este camino. El caudillo de la vieja oposición dinástica que, inconscientemente, dio paso a los republicanos de Le National, era todavía más adecuado para, con plena conciencia, hacer la transición de la república burguesa a la monarquía. Odilon Barrot era el dirigente del único viejo partido de oposición que, luchando siempre en vano por la cartera ministerial, no se había desacreditado todavía.

La revolución había ido alzando al poder, en veloz sucesión, a todos los viejos partidos de la oposición oblig ándolos a renegar de sus viejas frases y a revocarlas, no ya con sus hec hos, sino incluso con la misma frase. Y, por último, reunidos en repulsivo montón, fueron arrojados por el pueblo al basurero de la historia. Este Barrot, encarnación del liberalismo burgués, que se había pasado dieciocho años ocultando la misera ble vaciedad de su espíritu tras el empaque grave de su cuerpo, no escatimó ninguna apostasía. Y si, en algunos momentos, el contraste demasiado estridente entre los cardos de hoy y los laureles de ayer le aterraba, una mirada al espejo le bastaba para recobrar el aplomo ministerial y la admiración humana por sí mismo. En el espejo resplandecía la figura de Guizot, a quien siempre había envidiado y que siempre le había tratado como a un escolar; Guizot en persona, pero un Guizot con la frente olímpica [88] de Odilon. Lo que no veía eran las orejas de Midas [89] .

El Barrot del 24 de febrero solo se reveló en el Barrot del 20 de diciembre. A él, orleanista y volteriano, se unió, como ministro de Cultos, el legitimista y jesuita Falloux. Pocos días después, el Ministerio del Interior fue entregado a Léon Faucher, el maltusiano. El derecho, la religión, la economía política! El gobierno Barrot contenía todo esto y, además, una fusión de legitimistas y orleanistas. Solo faltaba el bonapartista. Bonaparte ocultaba todavía su apetito de representar a Napoleón, pues Soulouque no representaba todavía el papel de Toussaint Louverture [90] .

El partido de Le Nacional fue apeado inmediatamente de todos los altos puestos en que había anidado. La prefectura de policía, la dirección de correos, el cargo de fiscal general, la alcaldía de París: a todos estos sitios se llevó a viejas criaturas de la monarquía. Changarnier [91] , el legitimista, obtuvo el alto mando unificado de la Guardia Nacional del departamento del Sena, de la Guardia Móvil y de las tropas de línea de la primera división militar; Bugeaud, el orleanista, fue nombrado general en jefe del ejército de los Alpes. Y este cambio de funcionarios continuó ininterrumpidamente bajo el gobierno de Barrot. Su primer acto fue restaurar la vieja administración monárquica. En un abrir y cerrar de ojos se transformó la escena oficial: el decorado, los trajes, el lenguaje, los actores, los figurantes, los comparsas, los apuntadores, la posición de los partidos, el móvil, el contenido del conflicto dramático, la situación entera. Solo la Asamblea Constituyente ante diluviana seguía aún en su puesto. Pero, a partir del momento en que la Asamblea Nacional instaló a Bonaparte, Bonaparte a Barrot y Barrot a Changarnier, Francia salió del período de constitución de la república y entró en el período de la república constituida.

Y, en la república constituida, qué pintaba una Asamblea Constituyente? Después de creada la tierra, a su creador ya no le quedaba más que huir al cielo. Pero la Asamblea Constituyente estaba resuelta a no seguir su ejemplo; la Asamblea Nacional era el último refugio del partido de los republicanos burgueses. Aunque les hubiesen arrebatado todos los asideros del poder ejecutivo, no le quedaba la omnipotencia constituyente? Su primer pensamiento fue conservar a cualquier precio el puesto soberano que tenía en sus manos y desde aquí reconquistar el terreno perdido. No había más que sustituir el gobierno Barrot por un gobierno de Le National, y el personal monárquico tendría que evacuar inmediatamente los palacios de la administración, para que volviese a entrar en ellos, triunfante, el personal tricolor. La Asamblea Nacional decidió la caída del Gobierno, y este le brindó una ocasión de ataque como no habría podido encontrar la misma Constituyente.

Recuérdese que Luis Bonaparte significaba para los campesinos “No más impuestos!”. Llevaba seis días sentado en el sillón presidencial, y el séptimo, el 27 de diciembre, su gobierno propuso conservar el impuesto sobre la sal, cuya abolición había decretado el gobierno provisional. El impuesto sobre la sal comparte con el impuesto sobre el vino el privilegio de ser el chivo expiatorio del viejo sistema financiero francés, sobre todo a los ojos de la población campesina. El gobierno Barrot no podía poner en labios del elegido de los campesinos ningún epigrama más mor daz contra sus electores que las palabras “¡Restablecimiento del impuesto sobre la sal!”. Con el impuesto sobre la sal Bonaparte per dió su sal revolucionaria. El Napoleón de la insurrección campe sina se deshizo como un jirón de niebla y solo dejó tras de sí la gran incógnita de la intriga burguesa monárquica. Y por algo el gobierno Barrot hizo de este acto decepcionante, burdo y torpe, el pri mer acto de gobierno del presidente.

Por su parte, la Constituyente se agarró con ansia a la doble oca sión que se le ofrecía para derribar al Gobierno y presentarse, frente al elegido de los campesinos, como defensora de los intere ses de estos. Rechazó el proyecto del ministro de Hacienda, redujo el impuesto sobre la sal a la tercera parte de su cuantía anterior, aumentó así en 60 los 560 millones de déficit del Estado y, después de este voto de censura, se sentó a esperar tranquilamente la di misión del Gobierno. Esto demuestra lo poco que comprendía el nuevo mundo que la rodeaba y el cambio operado en su propia si tuación. Detrás del Gobierno estaba el presidente, y detrás del pre sidente estaban seis millones de electores que habían depositado en las urnas otros tantos votos de censura contra la Constituyente. Esta devolvió a la nación su voto de censura. ¡Ridículo intercambio! Olvidaba que sus votos habían perdido su curso forzoso. Al rec hazar el impuesto sobre la sal, no hizo más que madurar en Bonaparte y en su gobierno la decisión de acabar con la Asamblea Constituyente. Y comenzó aquel largo duelo que protagonizó la últ ima mitad de la vida de la Constituyente. El 29 de enero, el 21 de marzo y el 8 de mayo fueron las grandes jornadas de esta crisis, otras tantas precursoras del 13 de junio.

Los franceses, por ejemplo Luis Blanc, han interpretado el 29 de enero como la manifestación de una contradicción constitucio nal, de la contradicción entre una Asamblea Nacional soberana e indisoluble, nacida del sufragio universal, y un presidente que, según la letra de la ley, es responsable ante ella, pero que, en rea lidad, no solo ha sido consagrado por el sufragio universal y ha reunido en su persona todos los votos que se desperdigan entre cientos de miembros de la Asamblea Nacional, sino que además está en plena posesión del poder ejecutivo, sobre el que la Asamblea Nacional solo flota como un poder moral. Esta interpretación del 29 de enero confunde el lenguaje de la lucha en la tribuna, en la prensa y en los clubs, con su verdadero contenido. Luis Bonaparte no era un poder constitucional unilateral frente a la Asamblea Constituyente, no era el poder ejecutivo frente al legislativo; era la propia república burguesa ya constituida frente a los instrumentos de su Constitución, frente a las intrigas ambiciosas y a las reivindicaciones ideológicas de la fracción burguesa revolucionaria que la había fundado y que veía con asombro que su república, una vez constituida, se parecía mucho a una monarquía restaurada. Y ahora esta fracción quería prolongar por la fuerza el período constituyente, con sus condiciones, sus ilusiones, su lenguaje y sus personas, e impedir a la república burguesa —ya madura— revelarse en su forma acabada y peculiar. Y del mismo modo que la Asamblea Nacional Constituyente representaba al Cavaignac vuelto a su seno, Bonaparte representaba a la Asamblea Nacional Legislativa todavía no divorciada de él, es decir, a la Asamblea Nacional de la república burguesa constituida.

El significado de la elección de Bonaparte solo podía ponerse de manifiesto cuando se sustituyera este nombre único por sus múltiples significados, cuando se repitiera la votación en la elección de la nueva Asamblea Nacional. El 10 de diciembre había cancelado el mandato de la antigua. Por tanto, los que se enfrentaban el 29 de enero no eran el presidente y la Asamblea Nacional de la misma república; eran la Asamblea Nacional de la república en período de constitución y el presidente de la república ya constituida, dos poderes que encarnaban períodos completamente distintos de la vida de la república. Eran, de un lado, la pequeña frac ción republicana de la burguesía, única capaz para proclamar la república, disputársela al proletariado revolucionario por medio de la lucha en la calle y del régimen del terror, y estampar en la Constitución los rasgos fundamentales de su ideal; y de otro, toda la masa monárquica de la burguesía, única capaz de dominar en esta república burguesa constituida, despojar a la Constitución de sus aditamentos ideológicos y hacer efectivas, por medio de su legislación y de su administración, las condiciones inexcusables para el sojuzgamiento del proletariado.

La tormenta que descargó el 29 de enero se había ido gestando durante todo el mes. La Constituyente, con su voto de censura, había querido provocar la dimisión del gobierno Barrot a dimitir. Frente a esto, el gobierno Barrot propuso a la Constituyente darse a sí misma un voto de censura definitivo, suicidarse, decretar su propia disolución. El 6 de enero, Rateau, uno de los diputados más insignifi cantes, hizo, por orden del Gobierno, esta proposición a la misma Constituyente que ya en agosto había acordado no disolverse hasta no promulgar una serie de leyes or gánicas, complementarias de la Constitución. Fould, miembro del Gobierno, declaró categóricamente que su disolución era necesaria “para res tablecer el crédito quebrantado”, ¿Acaso no quebrantaba el crédito prolongar aquella situación provisional, que de nuevo ponía en tela de juicio con Barrot a Bonaparte y con Bonaparte a la repú blica constituida? Ante la perspectiva de que le arrebatasen, des pués de disfrutarla apenas dos semanas, la pre sidencia del Consejo de Ministros que los republicanos le habían prorrogado ya una vez por diez meses, Barrot el Olímpico, convertido en Orlando furioso [92] , superaba a los tiranos en su comportamiento frente a esta pobre Asamblea. La más suave de sus frases era “con ella no hay porvenir posible”. Y, realmente, la Asamblea solo representaba el pasado. “Es incapaz —añadía irónicamente— de rodear a la república de las instituciones que necesita para consolidarse”. En efecto. Con la oposición exclusiva contra el proletariado se había quebrado al mismo tiempo la energía burguesa de la Asamblea, y con la oposición contra los monárquicos había revivido su énfasis republicano. Y así, era doblemente inca paz de consolidar la república burguesa con las instituciones correspondientes.

Con la propuesta de Rateau, el Gobierno desencadenó una tempestad de peticiones por todo el país, y de todos los rincones de Francia lanzaban diariamente a la cabeza de la Constituyente fajos de billets-doux [93] , en los que se le pedía, en términos más o menos categóricos, disolverse y hacer su testamento. Por su parte, la Constituyente impulsaba contrapropuestas en que se le rogaba seguir viviendo.

La lucha electoral entre Bonaparte y Cavaignac renacía bajo la forma de un duelo de peticiones en pro y en contra de la disolución de la Asamblea Nacional. Tales peticiones venían a ser un comentario adicional al 10 de diciemb re. Esta campaña de agitación duró todo el mes de enero.

En el conflicto entre la Constituyente y el presidente, aquella no podía remitirse a la votación general como a su origen, pues precisamente el adversario apelaba al sufragio universal. No podía apoyarse en ninguna autoridad constituida, pues se trataba de la lucha contra el poder legal. No podía derribar al Gobierno con votos de censura, como lo intentó aún el 6 y el 26 de enero, pues el Gobierno no pedía su voto de confianza. No le que daba más que un camino: el de la insurrección. Las fuerzas de com bate de la insurrección eran la parte republicana de la Guardia Nacional, la Guardia Móvil y los centros del proletariado revolucionario, los clubs. Los guardias móviles, estos héroes de las jornadas de Junio, constituían en diciembre la fuerza de combate organizada de la fracción burguesa republicana, como antes de junio los Talleres Nacionales habían constituido la fuerza de combate organizada del proletariado revolucionario. Y así como la comisión ejecutiva de la Constituyente dirigió su ataque brutal contra los Talleres Nacionales cuando tuvo que acabar con las pre tensiones ya insoportables del proletariado, el gobierno de Bonaparte hizo lo mismo con la Guardia Móvil, cuando tuvo que acabar con las pretensiones ya insoportables de la fracción burguesa republicana. Ordenó la disolución de la Guardia Móvil. La mitad de sus efectivos fueron licenciados y lanzados al arroyo, y a la otra mitad le cambiaron su organización democrática por otra monárquica y se le redujo el sueldo al normal de las tropas de línea. Los guardias móviles se encontraron en la situación de los insurrectos de Junio, y la prensa daba a conocer diariamente confesiones públicas en las que reconocían su culpa de Junio e imploraban el perdón del proletariado.

¿Y los clubs? Desde el momento en que la Asamblea Constituyente ponía en tela de juicio en la persona de Barrot al presidente, en el presidente a la república burguesa constituida y en la república burguesa constituida a la república burguesa en general, se agrupaban necesariamente en torno a ella todos los elementos constituyentes de la república de Febrero, todos los partidos que querían derribar la república existente y transformarla, mediante un proceso violento de restitución, en la república de sus intereses de clase y de sus principios. Lo ocurrido quedaba borrado, las cris talizaciones del movimiento revolucionario habían vuelto al estado líquido y la república por la que se luchaba volvía a ser la repúb lica indefinida de las jornadas de Febrero, cuya definición se re servaba cada partido. Los partidos volvieron a asumir por un instante sus viejas posiciones de Febrero, sin compartir las ilusion es de entonces. Los republicanos tricolores de Le National volvían a apoyarse sobre los republican os demócratas de La Réforme y los empujaban como paladines al primer plano de la lucha parlamen taria. Los republicanos demócratas volvían a apoyarse sobre los republicanos socialistas —el 27 de enero, un manifiesto público anunció su reconciliación y su unión— y preparaban en los clubs el terreno para la insurrección. La prensa gubernamental trataba, con razón, a los republicanos tricolores de Le National como los insur rectos redivivos de Junio. Para mantenerse a la cabeza de la rep ública burguesa ponían en tela de juicio a la república burguesa misma. El 26 de enero, el ministro Faucher presentó un proyecto de ley sobre el derecho de asociación, cuyo artículo primero decía así: “Quedan prohibidos los clubs”. Y formuló la propuesta de que este proyecto de ley se discutiera con carácter de urgencia. La Constituyente rechazó la urgencia y, el 27 de enero, Ledru­Rol lin depositó una proposición, con 230 firmas, pidiendo que fuese procesado el Gobierno por haber infringido la Constitución. Pero lo hacía cuando este procesamiento solo podía significar una cosa: o el torpe descubrimiento de la impo tencia del juez, a saber, de la mayoría de la cámara, o una protesta impotente del acusador contra esta misma mayoría. El pedir que se formulase acta de acusación contra el Gobierno era el gran triunfo revolucionario al que, de ahora en adelante, podían aspirar los epígonos de la Montaña en el apogeo de la crisis. ¡Pobre Mon taña aplastada por el peso de su propio nombre!

El 15 de mayo, Blanqui, Barbès, Raspail, etc., intentaron hacer saltar por los aires la Asamblea Constituyente, invadiendo el salón de se siones a la cabeza del proletariado de París. Barrot preparó a la misma Asamblea un 15 de mayo moral, al querer dictarle su autodisolución y cerrar su salón de sesiones. Esta misma Asamblea en comendó a Barrot la investigación contra los insurrectos de mayo y ahora, cuando Barrot aparecía ante ella como un Blanqui monárquico, cuando la Asamblea buscaba aliados contra él en los clubs, en el proletariado revolucionario, en el partido de Blanqui, en ese momento, el inexorable Barrot la torturó con la propuesta de sustraer los presos de mayo al Tribunal del Jurado y entregarlos al Tribunal Supremo, a la Haute Cour, inventada por el partido de Le National. ¡Es curioso cómo el miedo exacerbado a perder una cartera de ministro puede sacar de la cabeza de un Barrot ocurrencias dignas de un Beaumarchais! [94] Tras largas vacilaciones, la Asamblea Nacional aceptó su propuesta. Frente a los autores del atentado de mayo volvía a recobrar su carácter normal.

Si la Constituyente se veía empujada, frente al presidente y a los ministros, a la insurrección, el presidente y el Gobierno se veían empujados, frente a la Constituyente, al golpe de Estado, pues no disponían de ningún medio legal para disolverla. Pero la Constituyente era la madre de la Constitución y la Constitución la madre del presidente. Con el golpe de Estado, el presidente destrozaría la Constitución y cancelaría a la vez su propio título jurídico republicano. Entonces, se vería obligado a optar por el título jurídico imperial; pero el título imperial evocaba el orleanista, y ambos palidecían ante el título jurídico legitimista. En un momento en que el partido orleanista no era más que el vencido de Febrero y Bonaparte solo era el vencedor del 10 de diciembre, en que ambos solo podían oponer a la usurpación republicana sus títulos monárquicos igualmente usurpados, la caída de la república legal solo podía provocar el triunfo de su polo opuesto, la monarquía legitimista. Los legitimistas tenían conciencia de lo favorable de la situación y conspiraban a la luz del día. En el general Changarnier podían confiar en encontrar su Monck [95] . En sus clubs se anunciaba la proximidad de la monarquía blanca tan abiertamente como en los proletarios la proximidad de la república roja.

Un motín felizmente sofocado habría sacado al Gobierno de todas las dificultades. “La legalidad nos mata”, exclamó Odilon Barrot. Un motín habría permitido, so pretexto de seguridad pública, disolver la Constituyente y violar la Constitución en su propio interés. El comportamiento brutal de Odilon Barrot en la Asamblea Nacional, la pro puesta de clausurar los clubs, la ruidosa destitución de cincuenta prefectos tricolores y su sustitución por monárquicos, la disolución de la Guardia Móvil, los ultrajes inferidos a sus jefes por Changarnier, la reposición de Lerminier, un profesor ya imposible bajo Guizot, y la tolerancia ante las fanfarronadas legitimistas eran otras tantas provocaciones al motín. Pero el motín no se producía. Esperaba la señal de la Asamblea Constituyente, no del Gobierno.

Por fin llegó el 29 de enero, día en que había de tomar una decisión sobre la propuesta presentada por Mathieu de la Drôme de rechazar sin condiciones la proposición de Rateau. Los legitimistas, los orleanistas, los bonapartistas, la Guardia Móvil, la Montaña, los clubs, todos conspiraban en este día, a la par, contra el presunto enemigo y contra los supuestos aliados. Bonaparte, a caballo, pasó revista a una parte de las tropas en la plaza de la Concordia; Changarnier representó una comedia con un derroche de maniobras estratégicas; la Constituyente se encontró con el edificio de sesiones ocupado militarmente. Centro de todas las esperanzas, de todos los temores, de todas las confianzas, efervescencias, tensiones e intrigas que se entrecruzaban, la Asamblea, valiente como una leona, no titubeó ni un momento al verse más cerca que nunca de su último instante. Se parecía a aquel combatiente que no solo temía emplear su propia arma, sino que se consideraba también obligado a dejar intacta el arma de su adversario. Con un desprecio magnífico por la vida, firmó su propia sentencia de muerte y rechazó la propuesta en que se desestimaba incondicionalmente la proposición presentada por Rateau. Al encontrarse en estado de sitio, fijó el límite de una actividad constituyente, cuyo marco necesario había sido el estado de sitio en París. Se vengó de un modo digno de ella, abriendo al día siguiente una investigación sobre el miedo que el 29 de enero le había metido en el cuerpo el Gobierno. La Montaña mostró su falta de energía revolucionaria y de inteligencia política dejándose utilizar por el partido de Le Na tional como portavoz de la lucha en esta gran comedia de intriga. El partido de Le National había hecho la última tentativa para seguir conservando en la república constituida el monopolio del poder que poseyera durante el período constituyente de la república bur guesa. Pero había fracasado en su intento.

Si en la crisis de enero se trataba de la existencia de la Constituyente, en la crisis del 21 de marzo se trataba de la existencia de la Constitución: allí, del personal del partido de Le National; aquí de su ideal. Huelga decir que los republicanos honestos valorab an me nos su exaltada ideología que el disfrute mundano del poder gubernamental.

El 21 de marzo, en el orden del día de la Asamblea Nacional estaba el proyecto de ley de Faucher contra el derecho de asociación: la supresión de los clubs. El artículo 8 de la Constitución garantizaba a todos los franceses el derecho a asociarse. La prohibición de los clubs era, por tanto, una violación manifiesta de la Constitución, y la propia Constituyente tenía que canonizar la profanación de sus santos. Pero los clubs eran los centros de reunión, las sedes de cons piración del proletariado revolucionario. La Asamblea Na cional había prohibido la coalición de los obreros contra sus burgueses. Y qué eran los clubs sino una coalición de toda la clase obrera contra toda la clase burguesa, la creación de un Estado obrero frente al Estado burgués? No eran otras tantas asambleas constituyentes del proletariado y otros tantos destacamentos del ejército de la revuelta dispuestos al combate? Lo que ante todo tenía que instaurar la Constitución era la dominación de la bur guesía. Por tanto, era evidente que solo podía en tender por derecho de asociación el de aquellas asociaciones que se armonizasen con la dominación de la burguesía, es decir, con el orden burgués. Si, por decoro teórico, se expresaba en términos generales, no estaban allí el Gobierno y la Asamblea Nacional para interpretarla y aplicarla a los casos particulares? Y si en la época inicial de la república los clubs habían estado prohibi dos de hecho por el estado de sitio, por qué no debían estar pro hibidos por la ley en la república reglamentada y constituida? Los republicanos tricolores no tenían nada que oponer a esta interpre tación prosaica de la Constitución; nada más que la frase altiso nante. Una parte de ellos (Pagnerre, Duclerc, etc.) votó a favor del Gobierno, dándole así la mayoría. La otra parte, con el arcángel Cavaignac y el padre de la Iglesia Marrast a la cabeza —una vez que el artículo sobre la prohibición de los clubs hubo pasado— se retiró a uno de los despachos de las comisiones y se “reunió a deliberar” junto con Ledru-Rollin y la Montaña. La Asamblea Nacional quedó, mientras tanto, paralizada, sin con tar ya con el número de votos necesario para tomar acuerdos. Muy oportunamente, el señor Crémieux recordó en aquel despacho que de allí se iba directamente a las calles y que no se estaba ya en febrero de 1848, sino en marzo de 1849. El partido de Le National al instante lo vio claro y volvió al salón de sesiones de la Asamblea Nacional. Tras él, engañada una vez más, volvió la Montaña, que, constantemente atormentada por veleidades revolucionarias, buscaba afanosa y continuamente posibilidades constitucionales y cada vez se encontraba más a gusto detrás de los re publicanos burgueses que delante del proletariado revolucionario. Así terminó la comedia. Y la propia Constituyente decretó que la violación de la letra de la Constitución era la única realiza ción consecuente de su espíritu.

Solo quedaba un punto por resolver: las relaciones entre la re pública constituida y la revolución europea, su política exterior. El 8 de mayo de 1849 reinaba una agitación poco habitual en la Asam blea Constituyente, cuya vida terminaría pocos días des pués. Estaban en el orden del día el ataque del ejército francés sobre Roma, su retirada ante la defensa de los romanos, su infamia polí tica y su oprobio militar, el asesinato vil de la República Romana por la República Francesa: la primera campaña italiana del segundo Bonaparte. La Montaña había vuelto a jugarse su gran triunfo. Ledru­Rollin había vuelto a depositar sobre la mesa presidencial la inevitable acta de acusación contra el Gobierno, y esta vez tam bién contra Bonaparte, por violación de la Constitución.

El leitmotiv del 8 de mayo se repitió más tarde como tema del 13 de junio. Nos explicaremos a cerca de la expedición romana.

Cavaignac había enviado, ya a mediados de noviembre de 1848, una escuadra a Civitavecchia [96] para proteger al papa, embarcarlo y trasladarlo a Francia. El papa había de bendecir la re pública honesta y asegurar la elección de Cavaignac para la pre sidencia. Con el papa, Cavaignac quería pescar a los curas, con los curas, a los campesinos, y con los campesinos, la magistratura pre sidencial. La expedición de Cavaignac era, por su finalidad inmediata, propaganda electoral, pe ro también una protesta y una amenaza contra la revolución romana. Llevaba ya en germen la intervención de Francia en favor del papa.

Esta intervención a favor del papa y contra la República Romana, en alianza con Austria y Nápoles, se acordó en la primera sesión del Consejo de Ministros de Bonaparte, el 23 de diciembre. Falloux en el

Gobierno era el papa en Roma... y en la Roma del papa. Bonaparte ya no necesitaba al papa para convertirse en el presidente de los campesinos, pero necesitaba conservar al papa para conservar a los campesinos del presidente. La credulidad de los campesinos le había elevado a la presidencia. Con la fe, perdían la credulidad, y con el papa la fe. ¡Y no olvidemos a los or leanistas y legitimistas coligados que dominaban en nombre de Bo naparte! Antes de restaurar al rey había que restaurar el poder que santifica a los reyes. Prescindiendo de su monarquismo: sin la vieja Roma, sometida a su poder temporal, no hay papa; sin papa no hay catolicismo; sin catolicismo no hay religión francesa, y sin religión qué sería de la vieja sociedad de Francia? La hipoteca que tiene el campesino sobre los bienes celestiales garantiza la hipoteca que tiene la burguesía sobre los bienes del campesino. La revolución romana era, por tanto, un atentado contra la propiedad y contra el orden burgués, tan temible como la revolución de Junio. La restauración de la dominación de la burguesía en Francia exigía la restauración del poder papal en Roma. Finalmente, en los revolucionarios romanos se batía a los aliados de los revolucionarios franceses; la alianza de las clases contrarrevolucionarias, en la Re pública Francesa constituida, se completaba necesariamente mediante la alianza de la República Francesa con la Santa Alianza, con Nápoles y Austria. El acuerdo del Consejo de Ministros del 23 de diciembre no era para la Constituyente ningún secreto. Ya el 8 de enero, Ledru­Rollin interpeló a propósito de este asunto al Gobierno; el Gobierno negó y la Asamblea pasó al orden del día. Daba crédito a las palabras del Gobierno? Sabemos que se pasó todo el mes de enero dándole votos de censura. Pero si en el papel del Gobierno entraba el mentir, en el papel de la Constituyente entraba el fingir que daba crédito a sus mentiras, salvando así las apariencias republicanas.

Entretanto, Piamonte había sido derrotado. Carlos Alberto había abdicado, y el ejército austríaco llamaba a las puertas de Francia. Ledru­Rollin interpelaba furiosamente. El Gobierno demostró que en el norte de Italia no hacía más que proseguir la política de Cav aignac y que Cavaignac se había limitado a proseguir la política del gobierno provisional, es decir, la de Ledru­Rollin. Esta vez co sechó en la Asamblea Nacional un voto de confianza y fue autorizado a ocupar temporalmente un punto conveniente del norte de Italia, para consolidar de este modo sus posiciones en las nego ciaciones pacíficas con Austria acerca de la integridad del territorio de Cerdeña y de la cuestión romana. Como es sabido, la suerte de Italia se decidió en los campos de batalla del norte de Italia. Por tanto, con la Lombardía y el Piamonte había caído Roma, y Francia, si no admitía esto, tenía que declarar la guerra a Austria, y con ello a la contrarrevolución europea. Consideraba de pronto la Asamblea Nacional al gobierno Barrot como el viejo Comité de Salvación Pública? [97] O se consideraba a sí misma como la Convención? [98] Para qué, pues, la ocupación militar de un punto del norte de Italia? Bajo este velo transparente, se ocultaba la expedición contra Roma.

El 14 de abril, 14.000 hombres, bajo el mando de Oudinot, se hicieron a la mar con rumbo a Civitavecchia; y el 16 de abril la Asamblea Nacional concedía al Gobierno un crédito de 1.200.000 francos para sostener durante tres meses una flota de intervención en el Mediterráneo. De este modo suministraba al Gobierno todos los medios para intervenir contra Roma, haciendo como si se tra tase de intervenir contra Austria. No veía lo que hacía el Gobierno, se limitaba a escuchar lo que decía. Semejante fe no se conocía ni siquiera en Israel; la Constituyente había llegado a la sit uación de no tener derecho a saber lo que hacía la re pública constituida.

Finalmente, el 8 de mayo se representó la última escena de la comedia: la Constituyente solicitó al Gobierno que acelerase las medidas encaminadas a reducir la expedición italiana al objetivo que se le había asignado. Aquella misma noche Bonaparte publicó una carta en Le Moniteur expresando a Oudinot su más profundo agradecimiento. El 11 de mayo, la Asamblea Nacional rechazó el acta de acusación contra el mismo Bonaparte y su gobierno. Y la Montaña —que, en vez de deshacer esta maraña de en gaños, tomó por el lado trágico la comedia parlamentaria para desempeñar el papel de un Fouquier­Tinville [99] — no hacía más que enseñar su piel de cordero pequeñoburgués por debajo de la piel prestada de león de la Convención.

La segunda mitad de la vida de la Constituyente se resume así: el 29 de enero confiesa que las fracciones burguesas monár quicas son los superiores naturales de la república por ella const ituida; el 21 de marzo, que la violación de la Constitución es la realización de esta; y el 11 de mayo, que la alianza pasiva de la República Francesa con los pueblos que luchan por su libertad, con tanto bombo pre gonada, significa su alianza activa con la con trarrevolución europea.

Esta mísera Asamblea se retiró de la escena después de haberse dado, dos días antes de su cumpleaños —el 4 de mayo—, la satisfacción de rechazar la propuesta de amnistía para los insurrectos de Junio. Con su poder destrozado; odiada a muerte por el pueblo; rep udiada, maltratada, echada a un lado con desprecio por la burguesía, a pesar de haber sido su instrumento; obligada, en la segunda mitad de su vida, a desautorizar la primera; despojada de su ilus ión republicana; sin grandes obras en el pasado ni esperanzas en el futuro; cuerpo vivo muriéndose a pedazos, no acertaba a galvanizar su propio cadáver más que evocando constantemente el recuerdo de la victoria de Junio y volviendo a vivir aquellos días: reafirmán dose a fuerza de repetir constantemente la condena de los condenados. Vampiro que se alimentaba de la sangre de los insurrectos de Junio!

Dejó detrás de sí el déficit del Estado acrecentado por los gastos de la revolución de Junio, por la abolición del impuesto sobre la sal, por las indemnizaciones asignadas a los dueños de las plantaciones al ser abolida la esclavitud de los negros, por el coste de la expedición a Roma y por la desaparición del impuesto sobre el vino, cuya abolición acordó ya en su agonía, como un anciano malévolo que se alegra de echar sobre los hombros de su sonriente heredero una deuda de honor comprometedora.

En los primeros días de marzo comenzó la campaña electoral para la Asamblea Nacional Legislativa. Dos grupos principales seenfrentaron: el Partido del Orden y el partido demócrata­socialista o partido rojo, y entre ambos estaban los Amigos de la Constitución, bajo cuyo nombre los republicanos tricolores de Le National querían hacerse pasar por un partido. El Partido del Orden se había formado inmediatamente después de las jornadas de Junio. Solo cuando el 10 de diciembre le permitió apartar de su seno a la pandilla de Le National, la pandilla de los republicanos burgueses, se descubrió el miste rio de su existencia: la coalición de los orleanistas y legitimistas en un solo partido. La clase burguesa se dividía en dos grandes fraccio nes, que habían ostentado por turno el monopolio del poder: los grandes terratenientes bajo la monarquía restaurada [100] , y la aristocracia financiera y la burguesía industrial bajo la monarquía de Julio. Borbón era el nombre regio para designar la influencia preponderante de los intereses de una fracción. Orleans, el nombre regio que designaba la influencia preponderante de los intereses de otra fracción. El reino anónimo de la república era el único en que ambas fracciones, con igual participación en el poder, podían afirmar su interés común de clase sin abandonar su mutua rivalidad. Si la república burguesa no podía ser sino la dominación completa y clar amente manifestada de toda la clase burguesa qué más podía ser que la dominación de los orleanistas complementados por los legiti mistas y de los legitimistas complementados por los orleanistas, la síntesis de la restauración y de la monarquía de Julio? Los republi canos burgueses de Le National no representaban a ninguna gran frac ción de su clase apoyada en bases económicas. Tenían solamente la significación y el título histórico de haber hecho valer, bajo la mon arquía —frente a ambas fracciones burguesas, que solo concebían su régimen particular—, el régimen general de la clase burguesa, el reino anónimo de la república, que ellos idealizaban y adornaban con an tiguos arabescos, pero en el que saludaban sobre todo la dominación de su pandilla. Si el partido de Le National creyó volverse loco cuando vio en las cumbres de la república fundada por él a los monárquicos coligados, no menos se engañaban estos en cuanto al hecho de su do minación conjunta. No comprendían que si cada una de sus fraccio nes, tomada aisladamente, era monárquica, el producto de su combinación química tenía que ser necesariamente republicano; que la monarquía blanca y la azul tenían necesariamente que neutrali zarse en la república tricolor. Obligadas —por su oposición al proletariado revolucionario y contra las clases intermedias que se iban precipitando más y más hacia él— a apelar a su fuerza unificada y a conservar la organización de esta fuerza unificada, cada una de ambas fracciones del Partido del Orden tenía que exaltar —frente a los apetitos de restauración y de supremacía de la otra— la dominación común, es decir, la forma republicana de la do minación burguesa. Así vemos a estos monárquicos, que en un prin cipio creían en una restauración inmediata y que más tarde conservaban la forma republicana, confesar a la postre, llenos los la bios de espumarajos de rabia e invectivas mortales contra la repú blica, que solo pueden avenirse dentro de ella y que aplazan la restauración por tiempo indefinido. El disfrute de la dominación con junta fortalecía a cada una de las dos fracciones y las hacía todavía más incapaces y más reacias a someterse la una a la otra, es decir, a restaurar la monarquía.

El Partido del Orden proclamaba directamente, en su programa electoral, la dominación de la clase burguesa, es decir, la conservación de las condiciones de vida de su dominación, de la propied ad, de la familia, de la religión, del orden. Presentaba, naturalmente, su dominación de clase y las condiciones de esta do minación como el reinado de la civilización y como condiciones necesarias de la producción material y de las relaciones sociales de intercambio que de ella se derivan. El Partido del Orden disponía de recursos pecuniarios enormes, organizaba sucursales en toda Francia, tenía a sueldo a todos los ideólogos de la vieja sociedad, disponía de la influencia del gobierno existente, poseía un ejército gratuito de vasallos en toda la masa de pequeñoburgueses y camp esinos que, alejados todavía del movimiento revolucionario, veían en los grandes dignatarios de la propiedad a los represen tantes naturales de su pequeña propiedad y de los pequeños pre juicios que esta acarrea. Representado en todo el país por un sinnúmero de reyezuelos, el Partido del Orden podía castigar como insurrección la no aceptación de sus candidatos, despedir a los obreros rebeldes, a los mozos de labor que se resistiesen, a los do mésticos, a los dependientes, a los empleados de ferrocarriles, a los escribientes, a todos los funcionarios supeditados a él en la vida civil. Y podía, por último, mantener en algunos sitios la leyenda de que la Constituyente republicana no había dejado al Bonaparte del 10 de diciembre revelar sus virtudes milagrosas. Al hablar del Partido del Orden, no nos hemos referido a los bonapartistas. Estos no formaban una fracción seria de la clase burguesa, sino una col ección de viejos y supersticiosos inválidos y de jóvenes y descreíd os caballeros de industria. El Partido del Orden venció en las elecciones, estableciendo una gran mayoría en la Asamblea Legislativa.

Frente a la clase burguesa contrarrevolucionaria coligada, aquellos sectores de la pequeña burguesía y de la clase campe sina en los que ya había prendido el espíritu de la revolución te nían que coligarse naturalmente con el gran portador de los intereses revolucionarios, con el proletariado revolucionario. Y hemos visto cómo las derrotas parlamentarias empujaron a los portavoces demócratas de la pequeña burguesía en el parlam ento, es decir, a la Montaña, hacia los portavoces socialistas del proletariado, y cómo los concordats à l’amiable, la brutal defensa de los intereses de la burguesía y la bancarrota empujaron tam bién a la verdadera pequeña burguesía fuera del parlamento, hacia los verdaderos proletarios. El 27 de enero la Montaña y los socialistas festejaron su reconciliación; en el gran banquete de febrero de 1849 reafirmaron su decisión de unirse. El partido social y el demócrata, el partido de los obreros y el de los peque ñoburgueses, se unieron para formar el partido socialdemó crata, es decir, el partido rojo.

Paralizada durante un momento por la agonía que siguió a las jornadas de Junio, la República Francesa pasó desde el levantamiento del estado de sitio, desde el 19 de octubre, por una serie ininterrumpida de emociones febriles: primero, la lucha en torno a la presidencia; luego, la lucha del presidente con la Constitu yente; la lucha en torno a los clubs; el proceso de Bourges [101] en el que, frente a las figurillas del presidente, de los monárquicos col igados, de los republicanos honestos, de la Montaña demo crática y de los doctrinarios socialistas del proletariado, sus verdaderos revolucionarios aparecían como gigantes antedilu vianos que solo un diluvio puede dejar sobre la superficie de la sociedad o que solo pueden preceder a un diluvio social; la agitación electoral; la ejecución de los asesinos de Bréa [102] ; los conti nuos procesos de prensa; las violentas intromisiones policíacas del Gobierno en los banquetes; las insolentes provocaciones mon árquicas; la colocación en la picota de los retratos de Luis Blanc y Caussidière; la lucha ininterrumpida entre la república consti tuida y la Asamblea Constituyente, lucha que a cada momento hacía retroceder a la revolución a su punto de partida, que con vertía a cada momento al vencedor en vencido y al vencido en vencedor y trastrocaba en un abrir y cerrar de ojos la posición de los partidos y las clases, sus divorcios y sus alianzas; la rápida marcha de la contrarrevolución europea, la gloriosa lucha de Hungría, los levantamientos armados alemanes; la expedición rom ana, la derrota ignominiosa del ejército francés delante de Roma. En este torbellino, en este agobio de la inquietud histórica, en este dramático flujo y reflujo de las pasiones revolucionarias, de las esperanzas, de los desengaños, las diferentes clases de la sociedad francesa tenían necesariamente que contar sus etapas de desarrollo por semanas, como antes las habían contado por medios siglos. Una parte considerable de los campesinos y de las provincias estaba ya imbuida del espíritu revolucionario. No era solo que estuvieran desengañados acerca de Napoleón; era que el partido rojo les brindaba en vez del nombre el contenido: en vez de la ilusoria libertad de impuestos la devolución de los mil mi llones abonados a los legitimistas, la reglamentación de las hipo tecas y la supresión de la usura.

Hasta el mismo ejército estaba contagiado de la fiebre revo lucion aria. El ejército, al votar por Bonaparte, había votado por la victoria y Bonaparte le daba la derrota. Había votado por el pequeño cabo detrás del cual se ocultaba el gran capitán revoluc ionario, y Bonaparte le daba los grandes generales tras cuya fachada se ocultaba un cabo mediocre. No cabía duda de que el partido rojo, es decir, el partido demócrata unificado, si no la victoria, tenía que conseguir por lo menos grandes triunfos; de que París, el ejército y gran parte de las provincias votarían por él. Ledru­Rollin, el dirigente de la Montaña, salió elegido en cinco de partamentos; ningún dirigente del Partido del Orden consiguió seme jante victoria, tampoco lo consiguió ningún nombre del partido propiamente proletario. Esta elección nos revela el misterio del partido demócrata­socialista. De una parte, la Montaña, cam peón parlamentario de la pequeña burguesía demócrata, se veía obligada a coligarse con los doctrinarios socialistas del proleta riado, y el proletariado, obligado por la espantosa derrota mate rial de Junio a levantar cabeza de nuevo mediante victorias intelectuales y no capacitado todavía por el desarrollo de las demás clases para empuñar la dictadura revolucionaria, tenía que echarse en brazos de los doctrinarios de su emancipación, de los fundadores de sectas socialistas. De otra parte, los campe sinos revolucionarios, el ejército, las provincias, se colocaban detrás de la Montaña. Y así, esta se convertía en señora del campo de la revolución. Mediante su entendimiento con los socialistas había alejado todo antagonismo dentro del campo revoluciona rio.

En la segunda mitad de la vida de la Constituyente, la Montaña representó el patetismo republicano, haciendo olvidar los pecados cometidos por ella durante el gobierno pro visional, durante la comisión ejecutiva y durante las jornadas de Junio. A medida que el partido de Le National, conforme a su carácter de partido a medias, se dejaba hundir por el gobierno monárquico, subía el partido de la Montaña, eliminado durante la época de omnipotencia de Le National, y se imponía como el re presentante parlamentario de la revolución. En realidad, el par tido de Le National no tenía nada que oponer a las otras fracciones, las monárquicas, más que personalidades ambiciosas y habla durías idealistas. En cambio, el partido de la Montaña represen taba a una masa fluctuante entre la burguesía y el proletariado y cuyos intereses materiales reclamaban instituciones democráti cas. Frente a los Cavaignac y los Marrast, Ledru­Rollin y la Mon taña representaban, por tanto, la verdad de la revolución, y la conciencia de esta importante situación les infundía tanta más valentía cuanto más se limitaban las manifestaciones de la ener gía revolucionaria a ataques parlamentarios, a formulación de actas de acusación, a amenazas, grandes voces, sonoros discurs os y extremos que no pasaban nunca de frases. Los campesinos se encontraban en situación muy similar a la de los pequeñoburgueses y tenían casi las mismas reivindicaciones sociales que formular. Por eso, todas las capas intermedias de la sociedad, en la medida en que se veían arrastradas al movimiento revolucio nario, tenían que ver necesariamente en Ledru­Rollin a su héroe. Ledru­Rollin era el personaje de la pequeña burguesía democrá tica. Frente al Partido del Orden, tenían que pasar a primer plano, ante todo, los reformadores de ese orden, medio conservadores, medio revolucionarios y utopistas por entero.

El partido de Le National, los Amigos de la Constitución quand même [103] , los républicains purs et simples [104] , salieron completamente derro tados de las elecciones. Solo una minoría ínfima de este partido fue enviada a la cámara legislativa; sus dirigentes más notorios desaparecieron de la escena, incluso Marrast, el redactor jefe y Orfeo [105] de la república honesta.

El 28 de mayo se reunió la Asamblea Legislativa, y el 11 de junio volvió a reanudarse la colisión del 8 de mayo. Ledru­Rol lin, en nombre de la Montaña, presentó, a propósito del bom bardeo de Roma, un acta de acusación contra el presidente y el Gobierno incriminándoles la violación de la Constitución. El 12 de junio, rechazó la Asamblea Legislativa el acta de acu sación, como la había rechazado la Asamblea Constituyente el 11 de mayo, pero esta vez el proletariado arrastró a la Mont aña a la calle, aunque no a la lucha, sino a una procesión cal lejera simplemente. Basta decir que la Montaña iba a la cabeza de este movimiento para comprender que el movimiento fue vencido y que el Junio de 1849 resultó una carica tura tan ridícula como indigna del Junio de 1848. La gran retirada del 13 de junio solo resultó eclipsada por el parte de guerra, todavía más grande, de Changarnier, el gran hombre improvisado por el Partido del Orden. Toda época histórica necesita sus grandes hombres y, si no los encuentra, los inventa, como dice Helvétius [106] .

El 20 de diciembre solo existía la mitad de la república burguesa constituida: el presidente. El 28 de mayo fue completada con la otra mitad: la Asamblea Legislativa. En junio de 1848, la república burguesa en formación había grabado su partida de nacimiento en el libro de la historia con una batalla in enarrable contra el proletariado; en junio de 1849, la república burguesa constituida lo hizo mediante una comedia incalificable representada con la pequeña burguesía. Junio de 1849 fue la Némesis [107] que se vengaba del Junio de 1848.En junio de 1849 no fueron vencidos los obreros, sino abatidos los pequeñobur gueses que se interponían entre ellos y la revolución. Junio de 1849 no fue la tragedia sangrienta entre el trabajo asalariado y el capital, sino la comedia entre el deudor y el acreedor: comed ia lamentable y llena de escenas de encarcelamientos. El Partido del Orden había vencido; era todopoderoso. Ahora tenía que poner de manifiesto lo que era.



[74] La Réforme (La Reforma): Diario republicano de París fundado por Ledru-Rollin en julio de 1843 y prohibido tras el golpe de Estado de 1851. Propugnaba la república y las reformas democráticas y sociales.
[75] El 16 de abril de 1848 la Guardia Nacional impidió en París una manifestación pacífica de obreros que iban a presentar al gobierno provisional una petición sobre la “organización del trabajo” y la “abolición de la explotación del hombre por el hombre”.
[76] Le Journal des Débats politiques et littéraires (El Diario de los Debates políticos y literarios): Diario burgués fundado en París en 1789. Durante la monarquía de Julio fue el periódico gubernamental y el órgano de la burguesía orleanista. Durante la revolución de 1848 expresó las opiniones de la burguesía contrarrevolucionaria agrupada en el Partido del Orden.
[77] Michel Goudchaux (1797-1862): Banquero y político francés. Durante la monarquía de Julio escribió como experto financiero en el diario opositor Le National. Tras la revolución de febrero de 1848 fue ministro de Hacienda del gobierno provisional, con el fin de inspirar confianza en los sectores financieros. En junio se convirtió en ministro de Finanzas del gobierno del general Cavaignac.
[78] Convenios amistosos.
[79] Soldados de infantería de la Guardia Imperial otomana, conocidos por su crueldad.
[80] “Por lo demás, opino que Cartago debe ser destruida”. Catón el Viejo fue un senador romano que, obsesionado con Cartago tras comprobar su esplendor durante un viaje a África en el año 157 a.e.c., acababa todos sus discursos en el Senado con esas palabras. Fue el principal impulsor de la Tercera Guerra Púnica, que empezaría poco después de su muerte y que condujo a la destrucción total de Cartago.
[81] La matanza de San Bartolomé fue el asesinato de decenas de miles de hugonotes (franceses protestantes) durante las guerras de religión del siglo XVI en Europa.
[82] Se presentó a la Asamblea Nacional el 19 de junio de 1848.
[83] Ser semejante al hombre que podía ser creado artificialmente, según los alquimistas medievales.
[84] Según la leyenda bíblica, Saúl, primer rey hebreo, abatió a miles de filisteos, y David, su fiel escudero, a decenas de miles. Muerto Saúl, David ocupó el trono.
[85] La flor de lis era el emblema heráldico de los Borbones. El de los bonapartistas era la violeta.
[86] Marx se remite a la información de su camarada Wolf, fechada el 18 de dic iem bre y publicada en la Nueva Gaceta Renana tres días más tarde. Es posible que las palabras citadas pertenezcan al propio Marx, quien revisaba detalladamente todos los artículos del periódico.
[87] Un senadoconsulto era la opinión dada por el Senado de Roma a un magistrado; en la época imperial adquirió rango de ley. Napoleón Bonaparte fue nombrado emperador hereditario por una disposición aprobada por el Senado el 18 de mayo de 1804.
[88] Prominencia exagerada del hueso frontal en los afectados de sífilis congénita y de raquitismo.
[89] Rey que, según el mito, convertía en oro todo lo que tocaba
[90] Soulouque: Casa imperial que rigió Haití durante el Segundo Imperio; su primer y último emperador fue Faustino I, quien gobernó de 849 a 1859. François D. Toussaint L ouverture (1743-1803): Líder del movimiento revolucionario negro en Haití. En 1803 derrotó al ejército enviado por Napoleón para restaurar la esclavitud. Capturado mediante un ardid, fue encarcelado en Francia, donde murió ese año por falta de asistencia médica. Al embarcar camino de Europa, dijo: “Solo se ha abatido el tronco del árbol de la libertad de los negros. Pero volverá a brotar de sus raíces, porque son muchas y muy profundas”
[91] Nicolas Anne Théodule Changarnier (1793-1877): Mariscal de campo y político monárquico-legitimista francés. Marx habla de sus andanzas políticas en El 18 Brumario de Luis Bonaparte
[92] El Orlando furioso es un poema épico del siglo XVI.
[93] Cartas amorosas.
[94] Pierre-Agustin de Beaumarchais (1732-1799): Dramaturgo francés conocido, entre otras cosas, por su estilo satírico.
[95] Georges Monck (1608-1670): General inglés. Tuvo un papel decisivo en la restauración de la monarquía tras la muerte de Oliver Cromwell
[96] Puerto italiano a 80 kilómetros de Roma.
[97] Órgano central del gobierno revolucionario de la Primera República Francesa, fundado en abril de 1793. Desempeñó un papel de excepcional importancia en la lucha contra la contrarrevolución interior y exterior. Robespierre fue su principal dirigente.
[98] La Convención Nacional fue la principal institución de la Primera República Francesa. Aunó el poder legislativo y ejecutivo, hasta que delegó el segundo en el Comité de Salvación Pública. Da su nombre a un período de la historia francesa (1792-1795).
[99] Antoine QuentinиFouquier-Tinville(1746-1795): Destacada personalidad de la Revolución Francesa. En 1793 fue nombrad fiscal del Tribunal revolucionario.
[100] Se trata del período de la Restauración (1814-1830), el segundo reinado de los Borbones en Francia, que recuperaron el trono tras la caída de Napoleón Bonaparte. Este régimen reaccionario representaba los intereses de la corte y de la Iglesia; fue derrocado por la revolución de Julio.
[101] Entre marzo y abril de 1849 tuvo lugar en Bourges el juicio contra los participantes en los acontecimientos del 15 de mayo de 1848. Barbès fue condenado a cadena perpetua y Blanqui, a diez años de cárcel. Albert, De Flotte, Sobrier, Raspail y los demás, a distintas penas de prisión y deportación a las colonias.
[102] El general Jean Baptiste Bréa (1790-1848), que mandaba parte de las tropas durante el aplastamiento de la revolución de Junio, fue muerto por los insurrectos. Dos participantes en la sublevación fueron ejecutados por ello.
[103] A pesar de todo.
[104] Republicanos puros y simples.
[105] Personaje de la mitología griega a cuyo alrededor se agrupaban los hombres cuando tocaba su lira
[106] Claude-Adrien Helvétius (1715-1771) fue un filósofo francés.
[107] Némesis era la diosa griega de la venganza.



 
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